Haute Ecole d’Art et de Design de Genève – HEAD Genève

Vivier de jeunes créateurs

(article paru dans L’Information Immobilière n°116, 2015)

Véritable laboratoire artistique, la HEAD – Genève est une école dynamique qui propose un enseignement de haut niveau dans les arts visuels et le design. A l’instar de l’ECAL, à Lausanne, l’école genevoise gagne sans cesse en crédibilité et attire aujourd’hui des étudiants du monde entier.

head_adrienbuchet002ABâtiment James-Fazy

 

Née en 2006 de la fusion des grandes écoles bicentenaires que sont l’Ecole supérieure des beaux-arts et la Haute école d’arts appliqués, la HEAD offre un lieu d’excellence pour les nouveaux designers. Elle fait partie de la HES-SO Genève (Haute école spécialisée de Suisse occidentale) comme l’EPIA, la HEDS, la HEG, la HEM ou la HETS et propose une formation et des diplômes de niveau universitaire. Les nombreuses possibilités qu’elle offre, ainsi que la qualité des formations de niveau Bachelor ou Master en font l’une des meilleures école d’art d’Europe. Chaque année, des expositions, des conférences, des concerts ou encore l’invitation de célébrités – comme la figure majeure de l’art performatif Marina Abramovic ou l’architecte Kengo Kuma – ouvrent la scène artistique mondiale aux étudiants.

En septembre 2015, l’inauguration d’une Chaire en Design horloger est prévue dans le cadre de sa filière de Design industriel et de produits des cursus Bachelor (3 ans) et Master (2 ans). Grâce à l’enthousiasme de son directeur, Jean-Pierre Greff, la HEAD ambitionne ainsi « d’apporter une contribution à l’économie industrielle et à la création genevoise et suisse. »

 

head_adrienbuchet005AAABâtiment James-Fazy

 

Savoir-faire et savoir-penser

Au cœur d’un des plus élégants bâtiments néoclassiques en brique de Genève, boulevard James-Fazy, neurones en éveil et petites mains s’affairent. Entre les ateliers de bois, de métal, de prototypage ou encore de céramique, quelques étudiants viennent se retrouver dans la cour pour commenter leurs créations. Sur fond de fraiseuse et de coups de marteau, l’atmosphère est à la fois riante et studieuse. Chaque année quelques 700 étudiants de 40 nationalités différentes passent le concours d’admission à la HEAD.

Après avoir franchi ce cap, l’étudiant choisit l’une des nombreuses formations de niveau Bachelor qui lui sont proposées : Arts visuels, Cinéma, Architecture d’intérieur, Communication visuelle, Design mode et bijou. Par la suite, le détenteur d’un Bachelor aura la possibilité de poursuivre une formation de niveau Master en Arts visuels, en Cinéma ou en Design. Comme chaque Bachelor, les Masters comportent aussi des spécialités. « Design Mode et Accessoires », « Espaces et communications » et « Media Design » font, par exemple, partie des Masters de la Branche Design. Les cursus et d’autres formations continues sont ainsi présentés dans le menu « Formations et recherche » du nouveau site web de l’école.

A la HEAD – Genève, les étudiants sont confrontés à eux-mêmes pour qu’ils acquièrent, in fine, plus d’autonomie et de confiance en soi. Car la confiance constitue l’un des piliers d’une pédagogie rythmée par le savoir-faire et surtout le savoir-penser. Parallèlement à la pratique de leur art et par la fréquentation de divers ateliers, un enseignement théorique aiguise la sensibilité culturelle et critique du créateur. Les cours sont notamment donnés par plus de 500 conférenciers, enseignants et intervenants qui permettent aux étudiants de communiquer et d’entretenir avec ceux-ci un dialogue vivant.

 

head_adrienbuchet010AAAAAAAAAAAAAtelier du CERCCO

 

Exemple de Bachelor en Arts visuels

L’artiste française Johana Blanc fut lauréate d’un Bachelor en arts visuels à la HEAD en juin 2013. Elle pratique la peinture et le dessin mural tout en réalisant des performances dont l’immédiateté de l’exercice l’interpelle. Séduite par la HEAD pour la qualité des enseignements théoriques qui y sont prodigués, et pour son pôle peinture – depuis rebaptisé pôle représentation – elle partage le plaisir qu’elle a eu à évoluer au sein de l’institution genevoise. En effet, c’est grâce à l’atelier peinture que Johana pu développer à Genève sa passion : « En école d’art, l’accent est souvent mis sur l’installation ou la vidéo, d’autant plus qu’en France, la peinture est souvent considérée comme une forme d’expression dépassée… il n’est pas toujours évident d’avoir des interlocuteurs peintres… ». Concernant l’enseignement, l’artiste explique à quel point celui-ci est passionnant, varié et soutenu. Très encadrés par des artistes enseignants, les élèves s’enrichissent mutuellement et disposent de nombreuses opportunités de rencontres pendant leur formation. Par ailleurs, cette « ancienne » étudiante rapporte que l’infrastructure et les équipements mis à la disposition des élèves sont remarquables ; la HEAD possède de nombreux ateliers et dans chacun d’eux, « l’étudiant est guidé par des spécialistes et peut acheter du matériel comme le bois, le métal ou encore le papier à prix d’usine. Il est possible également d’emprunter à l’école toutes sortes d’instruments de travail comme des caméras, micros, téléviseurs, spots etc. »

Lauréate du prix Théodore Strawinsky la même année, Johana Blanc loue également les nombreux partenariats et échanges que la HEAD entretient avec des institutions et entreprises locales comme internationales. Le prix Strawinsky est destiné à récompenser chaque année, sur concours et au sein de la HEAD, un étudiant(e) en peinture ayant fini son cycle d’études et obtenu son diplôme. Plusieurs bourses et bien d‘autres prix viennent également distinguer les meilleurs travaux de diplômes des étudiants. Entre autres : le prix Caran d’Ache HEAD, le prix Teo Jakob, le prix de l’Association Suisse des Architectes d’intérieur (VSI-ASAI), le Prix Neumann de la Ville de Genève et bien d’autres. Des Prix d’Excellence de la Fondation Hans Wilsdorf sont également remis pour couronner des projets personnels jugés particulièrement prometteurs.

 

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AAAEnsemble grimaçants de Johana Blanc

 

Événements et partenariats

La « myriade » de manifestations organisées par l’école est impressionnante. Lectures, tables rondes, expositions, projections, concerts se succèdent ici à un rythme effréné. Les étudiants ont alors le privilège de prendre part à des échanges enrichissants avec des artistes de tous horizons dans le cadre du cycle de conférence « Talking Heads ». Pour ne citer qu’eux, l’artiste suisse Gianni Motti, l’architecte d’intérieur Sevil Peach, l’écrivain Bruce Sterling ou encore le réalisateur Béla Tarr sont venus expliquer leur propre démarche dans des domaines aussi variés que l’art, la réalisation de film ou l’architecture.

Les expositions sont évidemment l’une des priorités pour la HEAD, ainsi le cycle « LiveInYourHead ». Les projets en partenariats et les mandats établis par la HEAD en font également une école attractive. Quelques grands noms comme L’Oréal, Mercedes-Benz, l’OMC ou Vacheron Constantin (etc.) sont désormais associés à la HEAD. L’exposition « Piaget Jeunes Talents » expose par exemple les travaux de jeunes designers que l’enseigne horlogère récompense chaque année.

Concernant les projets (voir aussi l’interview du directeur), la filière Communication visuelle est chargée de travailler sur l’identité visuelle du Paléo Festival de Nyon depuis 2005. On lui doit notamment les fameux posters du festival ou encore l’affiche du salon de l’auto de Genève 2014. En outre, depuis trois ans, la HEAD participe à la scénographie de la cérémonie de remise du Grand Prix d’Horlogerie de Genève, au Grand Théâtre.

 

head_adrienbuchet016AAACréateurs au travail

 

Défilés HEAD 2014

Tension et excitation sont à leur comble en cette soirée du 9 octobre 2014. Et pour cause : deux défilés organisés par la HEAD sont programmés pour la troisième fois dans la grande Halle Sécheron. Dans une salle pleine à craquer, plus de 2200 personnes tirées à quatre épingles avaient réservé leur place pour cet événement haut en couleur. La présentation, exécutée avec rythme et minutie sous les baguettes artistiques de Bertrand Maréchal, professeur de la filière Design Mode et, de Ying Gao, responsable de la filière Design Mode, bijou et accessoires, est une réussite.

 

défilé_head_adrienbuchet001AAAHalle Sécheron à Genève

 

Elle rend hommage aux collections Master et Bachelor des créateurs par l’entremise du prix HEAD – Bongénie et de son jury à la tête duquel Jean-Pierre Blanc, directeur du Festival international de la Mode et de la Photographie de Hyères, assure la présidence. Ce sont deux collections Bachelor qui se placent ex æquo cette année ; la première lauréate est Julie Montaurier avec sa collection -33°C sous le soleil de midi. Selon ses propres termes, elle a voulu montrer « une femme prise dans le climat extrême des glaciers, qui devient un animal, le corps couvert de poils métalliques, de franges de glace ». Son camarade, Mikael Vilchez, également lauréat avec sa collection Mon modèle masculin est une femme, offre des œuvres déroutantes, décalées et puissantes, inspirées par l’image de la combinaison de satin de sa grand-mère. Enfin, Jenifer Burdet, la lauréate Master, se distingue avec des variations sur le free-ride et ses héros de l’extrême.

 

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AAADéfilé HEAD 2014

 

Loin d’être les seules réussites de la soirée, d’autres réalisations de diplômés ont défilé, comme les créations d’Alexia Haralabopoulos et son Insoutenable légèreté, de Maïlys Leung Cheng Soo avec son 803 U – Le jaune brûle, de Ludovic Bourrilly et Dear sea hunter ou encore de Lucille Mosimann avec Me & my girls packing for holidays. A la sortie, malgré des trombes d’eau, l’enthousiasme et les sourires sont la preuve du succès de l’événement.

 

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AAADéfilé HEAD 2014

 

Grâce à chacune de ses filières et la nouvelle dimension du département Design Mode, bijou & accessoires de la HEAD, la ville de Genève peut désormais se targuer d’être un important vivier de jeunes créateurs en Europe. L’école, qui totalise cinq bâtiments au cœur de la ville, présente un contexte propice au développement et à la réussite artistique de l’étudiant.

 

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AAADéfilé HEAD 2014

Le souffle nouveau et l’ambition d’une Chaire en Design Horloger offre à Genève une opportunité unique en Suisse. Conduite par le Designer milanais Marco Borraccino, celui-ci sera épaulé par de grandes figures du monde horloger. Que la HEAD – Genève aille de succès en succès !

 

AB

 

Interview avec Jean-Pierre Greff, directeur de la HEAD – Genève

 

En quoi la HEAD – Genève se distingue-t-elle des autres grandes écoles d’art et de design en Europe?

Il y a surtout ce qui nous rapproche des autres grandes écoles européennes : des infrastructures de très grande qualité, la capacité à attirer des artistes et designers parmi les plus emblématiques, sa dimension véritablement internationale. Mais ce qui nous distingue, c’est la dynamique de projet qu’elle incarne, visible dans l’école comme à travers l’espace public, le caractère presque excessif de son activité. Bref, un désir d’école, que répercutent nos étudiant-e-s. Ce qui nous porte est le plaisir qu’ils manifestent à être dans notre école. Parce qu’ils la vivent comme un lieu où devenir pleinement ce qu’ils sont (Nietzsche : « deviens ce que tu es »).

Quel est le résultat de la fusion des deux écoles : l’Ecole supérieure des beaux-arts et la Haute école d’arts appliqués?

Cette fusion a été assurément le socle du formidable développement qu’a connu la HEAD depuis sa création. Elle en a simultanément incarné l’ambition et fourni les moyens. En termes de ressources, de dynamique de projet, articulant art et design sans jamais les confondre, à travers un projet à la fois ample et généreux, pluriel et cohérent, en termes d’émulation au sein même de l’école, gagnant à son projet global les scènes et les acteurs différenciés de l’art contemporain, du cinéma, du design et de la mode. Pour prendre une image, le prisme d’un diamant a un éclat tout autre que celui qu’aurait chacune de ses facettes séparément.

Pouvez-vous nous décrire quelques mandats et partenariats locaux et internationaux ? 

Nous réalisons de trente à cinquante mandats chaque année. Certains sont locaux, comme le Prix du Commerce de l’économie genevoise et la réalisation de vitrines originales pour les commerces genevois. D’autres sont d’une complexité et d’une envergure peu communes pour une école, comme la création de la signalétique de l’OMC, puis de la Maison de la Paix.

Depuis quelques années, nous développons le design horloger, avec, par exemple, un concours PIAGET qui plonge les étudiants dans le métier et ses exigences et offre aux lauréats la possibilité de faire un stage en horlogerie et un autre en joaillerie dans cette maison de prestige. Cette orientation horlogère se prolonge avec d’autres mandats comme celui du Grand Prix d’Horlogerie de Genève. Nous lançons d’ailleurs dès l’automne 2015 une chaire horlogère. Elle représente une opportunité exceptionnelle pour former la relève du design horloger tout en renforçant la position de Genève en tant que centre international pour le design horloger contemporain.

Au niveau international, plusieurs mandats ont fait rayonner l’école, comme celui de la RATP pour la réalisation d’animations pour les écrans digitaux du métro parisien ou encore la mise en place d’un espace doté d’animations interactives dans la Maison suisse lors des Jeux Olympiques de Londres.

Que dire des derniers défilés de la HEAD à la Halle Sécheron ?

Ce dernier défilé a été d’une qualité inédite. Quelque chose d’un peu magique s’est produit. Cinq à six des projets de diplômes présentés étaient d’une qualité exceptionnelle, que confirment les prix internationaux pour lesquels ils sont aujourd’hui retenus. Magdalena Brozda, diplômée Master, est actuellement finaliste des H&M Design Awards. Mais cette « magie » tient pour une large part à un progrès fantastique des qualités techniques, de construction des vêtements et de leurs finitions. Le niveau de professionnalisme a impressionné. Enfin, nous sommes soutenus par la marque Mercedes-Benz, très impliquée dans les grands événements mondiaux de la mode, comme la Fashion Week de New York.

Qui sont les futurs employeurs des étudiants ayant obtenu un bachelor ou un master dans votre école ?

Ils sont très divers, de la marque prestigieuse (à l’exemple de grandes marques horlogères), jusqu’à la micro-entreprise, en passant par l’agence de communication et le cabinet d’architecte. Cela dépend également beaucoup du champ d’activité ; la notion d’employeur ne peut s’envisager semblablement pour un artiste, un cinéaste ou un designer. Nous encourageons fortement, notamment à travers notre Design Incubator, la création d’entreprises. Nos diplômés trouvent aussi à s’employer dans l’ensemble du champ culturel, dans la presse par exemple, mais aussi dans des entreprises, institutions, ONG et même les banques … où l’acuité critique et la singularité de regard qu’ils ont développées sont perçues comme précieuses.

En quoi l’implication d’un directeur pour une telle institution est-elle fondamentale?

C’est une activité passionnante qui ne peut être menée que sur un mode passionné. Pour ce qui me concerne, j’y mets un enthousiasme et une énergie qui n’ont d’égale que mon insatisfaction obstinée. Et cela peut devenir contagieux, dans le cadre d’une direction qui devient de plus en plus collégiale. C’est un peu éprouvant pour les équipes… Le directeur est fondamentalement un catalyseur infatigable et le plus fervent supporter des équipes qui font la réalité de l’école. Porteur d’un projet d’école, il doit être attentif à cent détails quotidiens. Il est, à distance, le garant de l’intégrité et de la cohérence d’un projet. Ce qui relève de la gageure, tant il est vrai que lorsqu’on a choisi une école d’art, c’est que l’on a choisi de ne pas faire chorale…

 

AB

LIVRE Ravenne, Imprimerie Nationale / Actes Sud

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Au temps où la ville de Ravenne se proclame « capitale de l’Empire romain d’Occident » (Ve-VIe siècles), l’art ravennate exprime le grand souffle du christianisme latin. Il affirme aussi le refus des catholiques de se ranger sous l’autorité des empereurs orthodoxes grecs de Constantinople qui règnent sur le vaste Empire byzantin d’Orient. Ravenne n’est ni orthodoxe, ni grecque, ni soumise à l’Église d’Orient mais se réfère toute au monde romain et latin. De ce constat naît une radicale réinterprétation de l’art et de l’architecture ravennates, sur la base de sources romaines et latines, et ce, par-delà les parentés avec l’esthétique de Byzance.

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À Ravenne, les premiers chefs-d’œuvre expriment, dès le Ve siècle, l’éclat somptueux d’une esthétique chrétienne certes héritière de l’Antiquité mais novatrice. Cette originalité se manifeste rapidement dans les vastes ensembles de mosaïques qui ornent l’intérieur des monuments ravennates et surprennent par leur infinie beauté. Succession chatoyante et étincelante de scènes figuratives et ornementales se déroulant en frises sur les conques absidales, sur la nef, au-dessus des portiques ou sur l’arc triomphal précédant l’autel, ces mosaïques, telles une « tapisserie somptueuse et inaltérable, tendue pour l’éternité » (L. Bréhier), confèrent une unité remarquable aux parois qu’elles parent de leurs tesselles multicolores.

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Le mausolée de Galla Placidia (milieu du Ve siècle) est le premier chef-d’œuvre ravennate dont la polychromie, omniprésente, frappe par son intensité. Les baptistères octogonaux « des Orthodoxes » et des Ariens, bâtis tous deux sous Théodoric le Grand, montrent, dans leurs coupoles respectives, les douze apôtres entourant la scène du baptème. En 500, Théodoric fait ériger l’église Saint-Apollinaire-le-Neuf qu’il revêt de mosaïques formant une Imago Mundi d’une haute portée théologique et, à la fin de sa vie, il fonde la basilique Saint-Vital, à plan centré octogonal, où la magnificence des mosaïques flanquant l’autel principal saisit celui qui les contemple.

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Son mausolée (vers 520-526), de pierre nue, tranche avec le chromatisme tendre du décor de mosaïques de la basilique Saint-Apollinaire-in-Classe, achevée une dizaine d’année après Saint-Vital, et sa vision idéale et pure.
En inscrivant l’art de Ravenne dans l’héritage de la Rome paléochrétienne plutôt que dans l’histoire « officielle » de Byzance, Henri Stierlin restitue aux chefs-d’œuvre ravennates leur rôle éminent.

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Adrien Buchet

LIVRE Les Serres, Actes Sud

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Serres, verrières, coupoles, ponts ou halls de gare… Nées de la révolution industrielle, les prouesses des structures de fer marquent, au xixe siècle, un changement capital dans l’histoire de l’architecture. Aujourd’hui encore, ces grandes charpentes métalliques ont fière allure. Elles révèlent un patrimoine architectural au potentiel esthétique et technique immense et expriment un savoir-faire qui couvre plus de deux siècles. C’est au cœur du palmarium des jardins botaniques de Kew, à Londres, que l’idée de réaliser un ouvrage sur les serres s’est imposée à moi comme une évidence. Ses verrières translucides et les structures arachnéennes de sa charpente ont instantanément séduit mon œil de photographe.

kewpalmier02AAASerre aux palmiers de Kew Gardens

Cette serre, créée dans les années 1840 par Decimus Burton et Richard Turner, unit l’exotisme des plantes tropicales au charme d’une architecture à couper le souffle. Elle propose un voyage insolite à travers l’espace et le temps, instaurant un mariage parfait entre nature et architecture. Cette atmosphère atemporelle, excitant ma curiosité, a donné lieu à une première série de vues.

kewpalmier15AAASerre aux palmiers de Kew Gardens

Le répertoire photographique de l’ensemble unique des verrières botaniques que possède l’Europe, de Kew Gardens à Laeken, en passant par Paris, Schönbrunn, Lednice (Tchéquie) ou Madrid, m’a ensuite amené à souhaiter l’intervention de spécialistes pour enrichir l’ouvrage en préparation.

lednice22AAASerre de Lednice, République Tchèque

En effet, les images montrent les espaces, les articulations ou les matériaux utilisés. Cependant, elles ne révèlent pas tout et de nombreuses questions demeurent en suspens. Qu’en est-il, par exemple, de l’histoire et de la fonctionnalité de ces édifices, et de la préservation des plantes et des espèces ? Les serres sont-elles aujourd’hui encore indispensables à la reproduction de certains végétaux? Comment les botanistes s’en servent-ils? Ont- elles un avenir ? À ces différentes questions, quatre auteurs de disciplines complémentaires apportent des réponses : un ingénieur, une botaniste, un chercheur naturaliste et une architecte. Je leur suis reconnaissant d’avoir accueilli mon projet avec enthousiasme et d’offrir une analyse originale du rôle des serres. Chacun apporte un éclairage neuf et permet de mieux saisir les caractéristiques – propres au contenant comme au contenu – de ces réalisations.

belfast02AAASerre aux palmiers de Belfast

Yves-Marie Allain, ingénieur horticole et paysagiste, présente l’histoire des serres en partant de la simple définition de ce mot. Il nous fait voyager des prémices de ces constructions aux splendides verrières du xixe siècle. Il offre par ailleurs un regard très personnel sur le potentiel des serres comme moyens de conserver la diversité biologique. Sa contribution est d’autant plus précieuse qu’elle s’appuie sur l’expérience du Jardin des plantes de Paris et de l’arboretum de Versailles-Chèvreloup, qu’il a dirigés pendant plus de dix ans.
Yves Delange, chercheur, naturaliste et enseignant, enrichit la partie botanique de l’ouvrage en traitant de la fonctionnalité et des caractères climatiques des serres, ainsi que des exigences des plantes qu’elles abritent. Il souligne également l’utilité de ces structures. La botaniste Lucile Allorge, avec Yves Delange, examinent ensuite le rôle des serres et retracent quelques épisodes de l’histoire passionnante des plantes exotiques – la façon dont elles ont été introduites en Europe, puis diffusées et étudiées grâce aux serres.

bordeaux03AAASerres du Jardin botanique de Bordeaux

Enfin, l’architecte Françoise-Hélène Jourda, qui a notamment réalisé la serre du Jardin botanique de Bordeaux (2006), offre une vision nouvelle de ces constructions. Cette spécialiste du développement durable, qui compte parmi les rares architectes à avoir construit ce type de structure au xxie siècle, est convaincue de la nécessité d’un retour de l’agriculture en ville, et donc de l’utilité des serres.

eden02AAAEden Project

Témoins d’un autre temps, les verrières botaniques offrent de précieux exemples pour les réalisations contemporaines et sont les paradigmes d’une architecture du futur. Par leurs multiples fonctions et leur impact potentiel sur notre quotidien, les serres sont, sans conteste, capables de révolutionner notre histoire. Celles de Bordeaux (Françoise-Hélène Jourda) ou de Carmarthen (Norman Foster) et les sensationnels Biomes de l’Eden Project, en Cornouailles (Nicholas Grimshaw), poursuivent cette magnifique aventure. Souhaitons que ce renouveau soit le signe annonciateur de conditions de vie meilleures sur Terre.

Adrien Buchet

adrienbuchet@gmail.com

Felice Varini

Article paru dans L’Architecture d’Aujourd’hui n°392

Felice Varini, Mémoires contemporaines 2

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adrien_buchet01AAADouble trapèze pour quatre triangles

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Fin septembre 2012, la Société Foncière Lyonnaise (SFL) lançait la seconde édition du programme artistique Mémoires Contemporaines, visant à mettre en perspective l’art et le bâti. Cette année, Felice Varini succède à Alain Bublex et Per Barclay (‘A’A’384) pour nous offrir une surprenante installation au sein de l’ensemble immobilier du Carré Edouard VII à Paris. Maître des lignes et de la peinture au sein de l’espace architectural, le Tessinois dompte et égaie les façades sobres de l’architecte Anthony Béchu.

Ses traits entrelacés se construisent puis se déconstruisent à mesure que l’on avance dans les cours. Mais cette oeuvre pérenne offrent surtout un nouveau lieu artistique et ludique, dont les exemples sont encore trop rares à Paris.

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adrien_buchet02AAAAAAAAAAAAADouble trapèze pour quatre triangles

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AAADouble trapèze pour quatre triangles

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adrien_buchet04AAAQuatre triangles pour deux fenêtres

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AAAAAAAAAAAAAQuatre triangles pour deux fenêtres

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AAAQuatre triangles pour deux fenêtres

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adrien_buchet07AAACinq ellipses ouvertes

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adrienbuchet@gmail.com

Louvre-Lens

Photos réalisées pour L’Architecture d’Aujourd’hui, n° 388

Prévue pour le début du mois de décembre, l’inauguration du nouveau Louvre-Lens est déjà synonyme d’espoir pour l’agglomération lensoise. Situé entre Lille et Arras, le bâtiment est installé au cœur d’une ancienne friche industrielle de 20 ha.

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Le musée symbolisera l’importante reconversion des bassins miniers, qui furent inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO le 30 juin dernier. A l’instar de la Ruhr (en Allemagne), qui a déjà réhabilité une bonne partie de ses sites, la région Nord-Pas de Calais aura désormais en main un magnifique atout. Maintes fois meurtri, le territoire jouira aussi d’ « un musée ouvert sur son environnement et développera une activité culturelle en son sein ».

En outre, c’est l’agence japonaise Sanaa (Pritzker 2010) qui est à la baguette d’un bâtiment d’aspect sobre et harmonieux mais avant tout fonctionnel. Aujourd’hui, le gros œuvre est terminé. Le site du musée (http://www.louvrelens.fr) annonce même que la majorité des toitures sont posées. L’ensemble, alternant béton, acier, verre et aluminium, se compose de cinq corps de bâtiments désarticulés mais connectés les uns aux autres. Sanaa évoque ainsi « des barques sur un fleuve, qui se seraient regroupées délicatement. »

La construction comprendra un grand auditorium, un bâtiment consacré à des expositions temporaires, un hall d’accueil central et carré (4000 m2 ), une « Galerie du temps » de 120m. et un « Pavillon de verre ».

A l’extérieur, devant un parterre de maisons d’ouvriers, un nouveau parc paysager comprendra clairières, promenades, parc boisé et  jardins qui offriront aux habitants un véritable havre de paix verdoyant et assureront la liaison entre le musée et la ville.

Visite en images du chantier.

adrien_buchet02AAAAAAAAAAAAAGalerie du temps, éclairage zénithal

adrien_buchet08AAAGalerie pour les expositions temporaires

adrien_buchet10AAAÀ côté du site, les terrils de Loos-en-Gohelle

adrien_buchet05AAAPavillon de verre

adrien_buchet06AAAAAAAAAAAAAFaçade sud de la Galerie du temps

adrien_buchet09AAAFaçades vitrées

A

AB

adrienbuchet@gmail.com

Lyon Confluence

Article paru dans l’Architecture d’Aujourd’hui n°387

Huit ans après le lancement du renouvellement urbain de cet ancien site industriel de 150 hectares, le nouveau quartier Lyon Confluence dévoile sa première phase côté Saône. Un lieu convivial, où l’eau tient une place prépondérante.

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Plaque tournante entre l’Helvétie et la Méditerranée, l’ancienne capitale des Gaules était déjà régie par la jonction de deux principaux cours d’eau. Aujourd’hui encore, cette situation exceptionnelle entre Rhône et Saône, offre des perspectives dont les autorités et les urbanistes veulent mieux tirer parti.

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A première vue, les avancées liées à la nouvelle extension du cœur de Lyon sont prometteuses. Un ancien site industriel dans un décor de paysage vallonné qui surplombe à l’ouest ce terrain de 150 ha, constitue une opportunité formidable pour Lyon. Ce site, désaffecté aux alentours de 1990, se transforme depuis 2003 par l’intervention de plusieurs programmes de construction. Il attendra quelques années pour devenir aujourd’hui un quartier habité, actif et plein de vie. Diverses équipes travaillent ainsi à la réhabilitation des lieux. Elles s’appliquent à en faire une création exemplaire, durable et respectueuse des futures générations.

adrien_buchet05AAABords de Saône

Cette démarche s’inscrit indéniablement dans un processus qui veut instaurer des liens plus forts entre la ville et l’eau. Ayant déjà entamé au centre ville une campagne rapprochant fleuves et habitants – notamment avec l’aménagement des rives du Rhône par Françoise-Hélène Jourda – le programme novateur de la confluence lyonnaise confirme cette tendance. Renforcé aussi par le futur projet complémentaire des Rives de Saône situé au nord de Lyon Confluence, gageons que cette conjonction des deux opérations améliorera la qualité de vie des Lyonnais tout en offrant davantage d’espaces naturels et animés.

Au fil de l’eau

Ce qui frappe en flânant sur les berges occidentales de cet ensemble en forme de presqu’île – de la place Carnot jusqu’à la jonction – c’est le sentiment d’être au bord d’un lac. En effet, au sud du centre historique de Lyon, l’harmonie entre les rives et les plans d’eau nous offre un tableau peu commun pour une ville qui ne possède pas de côte maritime. Les projets en tiendront compte.

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AAAAAAAAAAAAShowroom RBC signé Jakob + MacFarlane

Parmi les objectifs de la première phase (dont l’urbaniste François Grether coordonne la ZAC 1), les aménagements paysagers du Français Michel Desvigne (Prix de l’urbanisme 2011) et des Allemands Latz und Partners proposent désormais, avec la reconversion de l’ancien Port Rambaud, un parcours ludique et attractif le long des rives de Saône. Anciennes grues désaffectées, rails de voies ferrées et autres éléments d’amarrage pour la batellerie ont été soigneusement conservés, rappelant le passé portuaire et guidant le marcheur au fil de l’eau.

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AAALa Sucrière

Or, l’affluence au quai Rambaud, grâce à la Sucrière qui accueille depuis 2003 la 11e biennale d’art contemporain, permet d’asseoir la crédibilité du projet urbain auprès du public. Les promeneurs éprouvent du plaisir à arpenter et, à découvrir cet itinéraire atypique qui nourrit les discutions. Toujours face à la rivière et dans le même périmètre, quelques immeubles industriels ont été réaménagés pour accueillir le siège d’entreprises et lieux qui offrent la  possibilité de se restaurer. Plus loin et sans transition, un étrange cube orange fluo se démarque nettement des constructions industrielles précédentes ; œuvre de Jakob & Mac Farlane, cette réalisation surprenante fait partie des symboles de la mutation du quartier.

Vivre avec l’eau

A un jet de pierre au nord, c’est le cœur du site qui appelle les gens à poursuivre leur découverte. L’effet de surprise y est garanti. La nouvelle place nautique, qui comprend trois imposants îlots de bâtiments entourés de jardins publics et aquatiques, caractérise le renouveau d’un territoire jadis inhospitalier.

adrien_buchet07AAASecteur de la place nautique

Un magnifique plan d’eau de 2 ha (appelé darse), qui s’inscrit perpendiculairement à la rivière pour aboutir au centre de la presqu’île, témoigne de l’importante surface réservée aux espaces publics. La vaste place – en devenir – et son bassin central ont pour vocation de connecter le nord et le sud du quartier, entre les trois îlots d’immeubles et le futur pôle de loisirs de Jean-Paul Viguier.

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AAAJardin aquatique et coeur du Parc de Saône

De part et d’autre de la darse, le Parc de Saône, dessiné par Michel Desvigne, comporte des logements intermédiaires et sociaux contigus. Ils s’inscrivent dans une situation idyllique partagée entre les trois éléments : minéral, végétal et aquatique.

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AAAAAAAAAAAALa place nautique et la darse

Un site aseptisé

En cette fin d’après-midi ensoleillé, le site semble bien léché. Des façades chatoyantes et quelques 900 mètres de quais d’une darse insérée dans un paysage d’automne sont aseptisés comme des images de synthèse. Drôle d’impression quand on sait qu’une dizaine d’années auparavant, le lieu était connu pour son insécurité. Espérons que les problèmes n’auront pas simplement été déplacés et que cette prétendue « exemplarité » séduira, de plus en plus le cœur des lyonnais.

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AAAQuai nord de la darse

En 2013, le duo suisse Herzog & de Meuron épaulé par Michel Desvigne pour le paysagisme, entameront la seconde phase d’aménagement du quartier (ZAC 2). Cette zone, située à l’est du Cour Charlemagne, englobe les anciens marchés de gros où la réaffectation de diverses halles et entrepôts est projetée. Se poursuivant jusqu’à la pointe sud de la presqu’île, ce programme intégrera, par ailleurs, un important système de récupération des eaux pluviales.

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AAAAAAAAAAAAIlot B

Pour un quartier durable

Quoiqu’il en soit, le projet apporte à Lyon l’image d’une ville en pleine effervescence. Parallèlement, Lyon Confluence fait avancer le débat urbanistique. L’opération, lauréate 2004 du programme européen Concerto-Renaissance, tend à observer des conditions bioclimatiques pour atteindre un moyenne de 50 kWh/m2 à l’année et recourant à 80% d’énergie renouvelable sur le périmètre des îlots ABC.

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AAAIlot B

Mais le futur quartier durable (référence WWF) aura encore plus d’une tâche à effectuer pour tenir toutes les promesses du projet, en particulier les enjeux de la mixité, de la fonctionnalité ou encore de la durabilité du quartier au XXIe siècle. Ainsi, à l’est de la confluence, sur les rives du Rhône, le bruit occasionné par des milliers de véhicules, qui empruntent chaque jour l’autoroute A7, pose un sérieux problème qu’il faudra aussi résoudre. Programme tout aussi incertain que fascinant.

AB

adrienbuchet@gmail.com

Paris: Le Louvre revisité

TEXTE: FRANCESCO DELLA CASA, PHOTOS: ADRIEN BUCHET

Article paru dans L’Architecture d’Aujourd’hui n°386

Au cœur du Louvre, la cour Visconti se drape d’un voile d’avant-garde pour abriter les arts de l’Islam. Une proposition brillante et aérienne signée Mario Bellini et Rudy Ricciotti.

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Le 26 juillet 2005, le Président Jacques Chirac recevait Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture, et Monsieur Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre, venus lui présenter le projet architectural retenu pour héberger le département des Arts de l’Islam. Peut-être avaient-ils alors conscience de rejouer une scène emblématique du Second-Empire, figurée par Ange Tissier dans sa toile de 1865, intitulée « L’achèvement du Louvre. L’Empereur approuvant les plans présentés par M. Visconti… A cette reconstitution, il manquait certes les lauréats, Mario Bellini et Rudy Ricciotti, dont le projet l’avait emporté sur six autres concurrents, Zaha Hadid, Pierre-Louis Faloci, Coop Himmelb(l)au, Francis Soler, l’association Karine Chartier, Thomas Corbasson & Nadir Tazdaït et le duo Alain Moatti & Henri Rivière.

adrien_buchet04AAA Nouveau toit ondulé et brillant de la cour Visconti

Car c’est précisément dans la cour résultant de l’extension réalisée sous le Second Empire par les architectes Louis Visconti et Hector Lefuel que se situera le nouveau département des Arts de l’Islam du musée du Louvre, une collection d’environ 10.000 œuvres complétée par un dépôt de 3.000 pièces appartenant au musée des Arts Décoratifs. L’opération a été rendue possible grâce à une donation exceptionnelle de 17 millions d’euros offerte par le prince Alwaleed Bin Talal Bin Abd ulaziz Al Saud d’Arabie Saoudite, mais aussi par le mécénat d’entreprises comme Total ou Lafarge.

Contes et images ramenées d’Orient

« Construire dans une cour », tel était le défi proposé aux concurrents. Le parti retenu par Bellini et Ricciotti a été de laisser visibles les façades de la cour, les espaces nécessaires à l’accueil du programme étant obtenu par excavation, dont une partie en sous-œuvre sous la grande galerie des quais et sous la galerie Daru, puis en édifiant une dalle au niveau même de la cour. Celle-ci a été recouverte d’un voile tridimensionnel et transluscide, dont les bords sont distants de 2,5 m des façades.

adrien_buchet08AAA Façade de la cour Visconti

Voile/tapis volant, résille/moucharabieh : par association d’idées, l’architecture évoque les chromos des contes et les images ramenées par les voyageurs en Orient, incitant le visiteur à mettre en perspective l’érudition culturelle exposée dans les collections des Arts de l’Islam avec l’histoire de nos représentations simplificatrices, de l’orientalisme à Geert Wilders, en passant par Walt Disney. Mais ici, il ne s’agit pas de décor en carton-pâte : la simplicité du geste architectural dissimule la très grande complication – au sens horloger du terme – d’une construction qui se place dans une tradition édilitaire voulant qu’au Louvre, chaque extension témoigne de l’état de l’art – mais aussi de l’idéologie dominante – à l’époque de sa réalisation.

adrien_buchet11AAAAAAAAAAAA Toiture formée de 1.600 triangles

Les trois temps de la construction

Le moment du chantier offre le privilège d’observer l’intérieur du boitier, avant qu’il ne ne se referme définitivement. Au vu du parti architectural impliquant le creusement de la cour, ce sont en réalité trois chantiers qui ont successivement dû être mis en œuvre.

En premier lieu, il s’agissait de dévier les réseaux techniques se trouvant dans le sous sol de la cour Visconti pour les faire passer dans une galerie technique à créer côté Seine. Le Louvre devant continuer à accueillir le public, on ne pouvait couper un flux technique que le mardi, jour de fermeture hebdomadaire. Si l’opération prévue ne pouvait être menée à son terme, elle devait dés lors être renvoyée à la semaine suivante, ce qui n’aurait pas manqué pas d’avoir des répercussions sur le planning. Par ailleurs, ce premier chantier ne fut pas exempt de surprises, l’emplacement des anciennes canalisations n’ayant pas toujours fait l’objet d’un inventaire exhaustif et les vestiges historiques ne se situant pas exactement aux emplacements où l’on s’attendait à les trouver.

En second lieu, le creusement au raz des façades de la cour impliquait une consolidation des sols de fondation par la technique du jet grouting, qui consiste à injecter des coulis par forage rotatif, à grande vitesse, sous pression contrôlée (de près de 400 bars) dans les forages réalisés , avec une légère inclinaison. Après excavation, la mise en place verticale de parois Volclay expansives, dont le composant, de la bentonite sodique naturelle, gonfle jusqu’à 24 fois son volume initial au contact de l’eau, permettait de parer au risque d’infiltrations dues à la proximité de la Seine. Le moindre mouvement des sols pouvant engendrer des conséquences désastreuses sur le bâtiment du Louvre et sur les collections qu’il abrite, 110 points de contrôle ont ainsi été disposés autour de la cour. La tolérance de déplacement maximale était fixée à seulement +/- 3 mm dans le cahier des charges, un écart de +/- 6 mm entraînant l’abandon définitif et irréversible du projet.

adrien_buchet21AAA Espace d’exposition, niveau -1

Pendant toute la durée du chantier, l’alarme n’a été déclenchée qu’à une seule reprise, enregistrant un écart de 3,1 mm qui n’a finalement pas porté à conséquence. Après contrôle, il s’est en effet avéré que le point de base concerné avait un décalage positif de 0,4 mm, ce qui réduisait le déplacement constaté à 2,7 mm, donc en deça des valeurs limites. Pour prendre la mesure du degré de maîtrise exceptionnelle avec laquelle cette opération d’excavation a été conduite, il convient d’ajouter qu’au printemps, la dilatation naturelle du Louvre oscille entre 1 et 2 mm entre le jour et la nuit. Dans l’espace ainsi excavé, pour partie en sous-œuvre, on put dès lors entamer le troisième chantier, à savoir la réalisation du boîtier d’exposition.

Une boîte noire à couvert mordoré

La salle des machines, à savoir l’ensemble du dispositif permettant de contrôler et de maintenir des conditions climatiques optimales (température, hygrométrie, ventilation, pression) pour la conservation des œuvres, a été établie en second sous-sol, sur une surface équivalente à celle de la cour. Alors que dans la plupart des édifices, les locaux techniques sont sous-dimensionnés et font rarement l’objet d’une réflexion spatiale, un soin particulier a ici été porté à la disposition des appareils, de manière à en faciliter l’accès et la maintenance.

adrien_buchet18AAA Espace d’exposition, niveau -1

Au niveau du sous-sol, lequel déborde en sous-œuvre sous la grande galerie et sous la galerie Daru, on trouve la grande salle d’exposition. Un parement de béton noir de 6 cm d’épaisseur a été disposé sur le pourtour (agrafé sur les faces intérieures des parois en béton revêtues) des faces extérieures de la membrane Voclay. Les vitrines d’exposition, des monolithes en verre collé munies d’un système de soufflage placé à raz des socles, sont disposées entre les deux systèmes structurels indépendants qui apparaissent dans cet espace. Deux rangées de quatre piliers massifs portent la dalle du rez-de-cour, alors que deux des quatre faisceaux de poteaux étayant le voile de toiture viennent s’ancrer dans ce sous-sol. Un grand escalier, constitué de béton autoplaçant coulé en moins de quatre heures, permet de franchir les 6 mètres qui séparent le sous-sol du rez-de-cour.

Jusqu’à ce niveau, les systèmes constructifs appartiennent au domaine du connu, pour délicates qu’aient été les conditions de leur mise en œuvre. Ce n’est pas le cas du système de couverture, qui est en quelque sorte l’unique façade du projet, la signature chromatique et matérielle de son insertion dans la cour Visconti.

Les méthodes constructives envisagées étant inédites, il a fallu construire deux prototypes dont le rôle était, d’une part, de vérifier les hypothèses de projet et d’en contrôler les effets de matérialisation et, d’autre part, d’obtenir les agréments par le biais d’un avis technique expérimental (Atex) du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) dont l’avis favorable, en France, vaut pour une norme ou un Document technique unifié (DTU).

adrien_buchet14AAA La structure, fabriquée en Slovénie et assemblée en partie en Pologne

La grille structurelle bi-dimensionnelle est composée de tubes d’acier inox dont le diamètre extérieur est identique, mais dont l’épaisseur varie entre 4 et 12/13 mm, selon le dimensionnement aux efforts. Elle a été décomposée en 45 « échelles », livrées sur le chantier depuis la Pologne par 45 camions. Car la construction de cette structure, attribuée à l’entreprise autrichienne Waagner-Biro, a fait appel à des sous-traitances européennes. Les tubes ont été découpés par pilotage robotisé en Slovénie, alors que l’assemblage par soudure a été réalisé à Cracovie. Les soudures de liaison, réalisées sur le chantier par des soudeurs polonais – les chantiers navals de Gdansk n’ont pas seulement fait l’histoire, ils ont aussi permis de développer un savoir-faire technique sans équivalent –, ont elles aussi nécessité l’agrément du CSTB.

adrien_buchet22AAA Structure composée de tubes d’acier inox

L’enveloppe est composée d’un sandwich, dont l’épaisseur imperceptible permet de donner l’effet de légèreté expressive du voile. Pour assurer l’étanchéité à l’eau, il comprend 1.600 facettes triangulées en verre structurel, sur lequelles est placée une résille chargé de donner l’image d’un nuage doré irrisé.

adrien_buchet13AAA Enveloppe en verre structurel

Chaque triangle peut être ouvert afin d’assurer l’entretien, devenant ainsi garde-corps. Ce dispositif ingénieux, qui a permis d’éviter l’installation d’un ligne de vie, a été agréé par la Coordination sécurité et protection de la santé (CSPS) et l’inspection du travail. L’eau de pluie est évacuée directement sur le système d’égout de la cour par les points bas au bord du voile, qui ne comporte aucune zone pouvant permettre la rétention d’eau. Dans le même souci d’éviter des dispositifs visuellement pénibles, on s’est dispensé de recourir à des systèmes anti-pigeons, un spécialiste du comportement de ces volatiles ayant assuré que l’absence d’eau et de nourriture suffisait à les dissuader d’y séjourner. Sur la face inférieure, l’enveloppe est constituée d’un « nid d’abeille » et d’une résille en aluminium anodisé, avec un traitement chimique pour brillantage de couleur doré clair.

adrien_buchet15AAA L’un des 1.600 triangles

Le sol du niveau rez-de-cour est composé de dallettes de 600×600 mm, en béton reconstitué à partir de marbre gris en provenance d’une carrière en Italie du Nord, dans lequel ont été insérés des copeaux de laiton. Ce choix chromatique prolonge celui retenu par Ieoh Ming Pei, qui a introduit la couleur grise au Louvre lors de l’agrandissement de 1989. Ces dalles sont identiques à l’intérieur comme sur le pourtour extérieur de la cour. Les grilles de ventilation, au sol, ont été développées pour la firme allemande Schako après des essais concluants de simulation de flux d’air en grandeur nature. Il convient de souligner que la question de la circulation de l’air revêt une importance cruciale dans un espace d’exposition recevant une forte affluence de public, tant en ce qui concerne le maintien de conditions hygrométriques et thermiques stables que pour assurer un désenfumage rapide. Pour ce faire, le système de résilles du plafond permet une perméabilité supérieure à 50%, évitant de construire un réseau de gaines sous la couverture.

adrien_buchet23AAAAAAAAAAAA Jeu des transparences

L’enveloppe verticale, tout comme les gardes-corps entourant le vide d’étage, est constituée de verre extra-blanc de 30 mm. Ce choix pour les vitrages a été déterminé afin d’éviter l’effet de couleur verte qu’entraîne le recours à des qualités usuelles de verres. Les couloirs de liaison au niveau du rez-de-cour, sont pour leur part en béton autoplaçant noir et habillés en ductal. De même, une couleur sombre a été retenue pour l’habillage des colonnes d’ascenseurs, recouvertes de tôle noire (sortie de forge) et d’un vernis mat.

adrien_buchet24AAA Le chantier en octobre 2011

Comme un œuf de Fabergé

Les conditions du projet, à savoir la relation, d’une part, entre un bâtiment porteur depuis des siècles du prestige de la France et l’accueil des collections islamiques, impliquaient une réponse architecturale à la fois somptueuse et subtile, éclatante et retenue. La proposition de Ricciotti et Bellini est parvenue à articuler cet oxymore en écartant des solutions choisies par d’autres équipes. Celles-ci consistaient soit à ériger un geste tectonique au cœur de la cour, soit à couvrir celle-ci pour en accaparer l’espace. Ricciotti et Bellini ont, au contraire, considéré le bâtiment du Louvre comme un réceptacle prestigieux contenant un objet infiniment précieux, à la manière des subtiles mécaniques de joaillerie de Pierre-Karl Fabergé. Sa construction répond par ailleurs à la grande tradition du Louvre, qui à chaque étape de son développement a fait appel aux meilleurs artisans et aux connaissances techniques les plus avancées de leur époque. La fin du chantier coïncide ainsi avec la dissimulation de la plupart de ses secrets de fabrication, avant que les collections ne s’ouvrent au public, en principe dans un peu plus d’un an.

Francesco Della Casa

Adrien Buchet

adrienbuchet@gmail.com