Archive for the ‘ Architecture et urbanisme ’ Category

Lyon Confluence

Article paru dans l’Architecture d’Aujourd’hui n°387

Huit ans après le lancement du renouvellement urbain de cet ancien site industriel de 150 hectares, le nouveau quartier Lyon Confluence dévoile sa première phase côté Saône. Un lieu convivial, où l’eau tient une place prépondérante.

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Plaque tournante entre l’Helvétie et la Méditerranée, l’ancienne capitale des Gaules était déjà régie par la jonction de deux principaux cours d’eau. Aujourd’hui encore, cette situation exceptionnelle entre Rhône et Saône, offre des perspectives dont les autorités et les urbanistes veulent mieux tirer parti.

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A première vue, les avancées liées à la nouvelle extension du cœur de Lyon sont prometteuses. Un ancien site industriel dans un décor de paysage vallonné qui surplombe à l’ouest ce terrain de 150 ha, constitue une opportunité formidable pour Lyon. Ce site, désaffecté aux alentours de 1990, se transforme depuis 2003 par l’intervention de plusieurs programmes de construction. Il attendra quelques années pour devenir aujourd’hui un quartier habité, actif et plein de vie. Diverses équipes travaillent ainsi à la réhabilitation des lieux. Elles s’appliquent à en faire une création exemplaire, durable et respectueuse des futures générations.

adrien_buchet05AAABords de Saône

Cette démarche s’inscrit indéniablement dans un processus qui veut instaurer des liens plus forts entre la ville et l’eau. Ayant déjà entamé au centre ville une campagne rapprochant fleuves et habitants – notamment avec l’aménagement des rives du Rhône par Françoise-Hélène Jourda – le programme novateur de la confluence lyonnaise confirme cette tendance. Renforcé aussi par le futur projet complémentaire des Rives de Saône situé au nord de Lyon Confluence, gageons que cette conjonction des deux opérations améliorera la qualité de vie des Lyonnais tout en offrant davantage d’espaces naturels et animés.

Au fil de l’eau

Ce qui frappe en flânant sur les berges occidentales de cet ensemble en forme de presqu’île – de la place Carnot jusqu’à la jonction – c’est le sentiment d’être au bord d’un lac. En effet, au sud du centre historique de Lyon, l’harmonie entre les rives et les plans d’eau nous offre un tableau peu commun pour une ville qui ne possède pas de côte maritime. Les projets en tiendront compte.

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AAAAAAAAAAAAShowroom RBC signé Jakob + MacFarlane

Parmi les objectifs de la première phase (dont l’urbaniste François Grether coordonne la ZAC 1), les aménagements paysagers du Français Michel Desvigne (Prix de l’urbanisme 2011) et des Allemands Latz und Partners proposent désormais, avec la reconversion de l’ancien Port Rambaud, un parcours ludique et attractif le long des rives de Saône. Anciennes grues désaffectées, rails de voies ferrées et autres éléments d’amarrage pour la batellerie ont été soigneusement conservés, rappelant le passé portuaire et guidant le marcheur au fil de l’eau.

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AAALa Sucrière

Or, l’affluence au quai Rambaud, grâce à la Sucrière qui accueille depuis 2003 la 11e biennale d’art contemporain, permet d’asseoir la crédibilité du projet urbain auprès du public. Les promeneurs éprouvent du plaisir à arpenter et, à découvrir cet itinéraire atypique qui nourrit les discutions. Toujours face à la rivière et dans le même périmètre, quelques immeubles industriels ont été réaménagés pour accueillir le siège d’entreprises et lieux qui offrent la  possibilité de se restaurer. Plus loin et sans transition, un étrange cube orange fluo se démarque nettement des constructions industrielles précédentes ; œuvre de Jakob & Mac Farlane, cette réalisation surprenante fait partie des symboles de la mutation du quartier.

Vivre avec l’eau

A un jet de pierre au nord, c’est le cœur du site qui appelle les gens à poursuivre leur découverte. L’effet de surprise y est garanti. La nouvelle place nautique, qui comprend trois imposants îlots de bâtiments entourés de jardins publics et aquatiques, caractérise le renouveau d’un territoire jadis inhospitalier.

adrien_buchet07AAASecteur de la place nautique

Un magnifique plan d’eau de 2 ha (appelé darse), qui s’inscrit perpendiculairement à la rivière pour aboutir au centre de la presqu’île, témoigne de l’importante surface réservée aux espaces publics. La vaste place – en devenir – et son bassin central ont pour vocation de connecter le nord et le sud du quartier, entre les trois îlots d’immeubles et le futur pôle de loisirs de Jean-Paul Viguier.

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AAAJardin aquatique et coeur du Parc de Saône

De part et d’autre de la darse, le Parc de Saône, dessiné par Michel Desvigne, comporte des logements intermédiaires et sociaux contigus. Ils s’inscrivent dans une situation idyllique partagée entre les trois éléments : minéral, végétal et aquatique.

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AAAAAAAAAAAALa place nautique et la darse

Un site aseptisé

En cette fin d’après-midi ensoleillé, le site semble bien léché. Des façades chatoyantes et quelques 900 mètres de quais d’une darse insérée dans un paysage d’automne sont aseptisés comme des images de synthèse. Drôle d’impression quand on sait qu’une dizaine d’années auparavant, le lieu était connu pour son insécurité. Espérons que les problèmes n’auront pas simplement été déplacés et que cette prétendue « exemplarité » séduira, de plus en plus le cœur des lyonnais.

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AAAQuai nord de la darse

En 2013, le duo suisse Herzog & de Meuron épaulé par Michel Desvigne pour le paysagisme, entameront la seconde phase d’aménagement du quartier (ZAC 2). Cette zone, située à l’est du Cour Charlemagne, englobe les anciens marchés de gros où la réaffectation de diverses halles et entrepôts est projetée. Se poursuivant jusqu’à la pointe sud de la presqu’île, ce programme intégrera, par ailleurs, un important système de récupération des eaux pluviales.

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AAAAAAAAAAAAIlot B

Pour un quartier durable

Quoiqu’il en soit, le projet apporte à Lyon l’image d’une ville en pleine effervescence. Parallèlement, Lyon Confluence fait avancer le débat urbanistique. L’opération, lauréate 2004 du programme européen Concerto-Renaissance, tend à observer des conditions bioclimatiques pour atteindre un moyenne de 50 kWh/m2 à l’année et recourant à 80% d’énergie renouvelable sur le périmètre des îlots ABC.

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AAAIlot B

Mais le futur quartier durable (référence WWF) aura encore plus d’une tâche à effectuer pour tenir toutes les promesses du projet, en particulier les enjeux de la mixité, de la fonctionnalité ou encore de la durabilité du quartier au XXIe siècle. Ainsi, à l’est de la confluence, sur les rives du Rhône, le bruit occasionné par des milliers de véhicules, qui empruntent chaque jour l’autoroute A7, pose un sérieux problème qu’il faudra aussi résoudre. Programme tout aussi incertain que fascinant.

AB

adrienbuchet@gmail.com

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Paris: Le Louvre revisité

TEXTE: FRANCESCO DELLA CASA, PHOTOS: ADRIEN BUCHET

Article paru dans L’Architecture d’Aujourd’hui n°386

Au cœur du Louvre, la cour Visconti se drape d’un voile d’avant-garde pour abriter les arts de l’Islam. Une proposition brillante et aérienne signée Mario Bellini et Rudy Ricciotti.

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Le 26 juillet 2005, le Président Jacques Chirac recevait Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture, et Monsieur Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre, venus lui présenter le projet architectural retenu pour héberger le département des Arts de l’Islam. Peut-être avaient-ils alors conscience de rejouer une scène emblématique du Second-Empire, figurée par Ange Tissier dans sa toile de 1865, intitulée « L’achèvement du Louvre. L’Empereur approuvant les plans présentés par M. Visconti… A cette reconstitution, il manquait certes les lauréats, Mario Bellini et Rudy Ricciotti, dont le projet l’avait emporté sur six autres concurrents, Zaha Hadid, Pierre-Louis Faloci, Coop Himmelb(l)au, Francis Soler, l’association Karine Chartier, Thomas Corbasson & Nadir Tazdaït et le duo Alain Moatti & Henri Rivière.

adrien_buchet04AAA Nouveau toit ondulé et brillant de la cour Visconti

Car c’est précisément dans la cour résultant de l’extension réalisée sous le Second Empire par les architectes Louis Visconti et Hector Lefuel que se situera le nouveau département des Arts de l’Islam du musée du Louvre, une collection d’environ 10.000 œuvres complétée par un dépôt de 3.000 pièces appartenant au musée des Arts Décoratifs. L’opération a été rendue possible grâce à une donation exceptionnelle de 17 millions d’euros offerte par le prince Alwaleed Bin Talal Bin Abd ulaziz Al Saud d’Arabie Saoudite, mais aussi par le mécénat d’entreprises comme Total ou Lafarge.

Contes et images ramenées d’Orient

« Construire dans une cour », tel était le défi proposé aux concurrents. Le parti retenu par Bellini et Ricciotti a été de laisser visibles les façades de la cour, les espaces nécessaires à l’accueil du programme étant obtenu par excavation, dont une partie en sous-œuvre sous la grande galerie des quais et sous la galerie Daru, puis en édifiant une dalle au niveau même de la cour. Celle-ci a été recouverte d’un voile tridimensionnel et transluscide, dont les bords sont distants de 2,5 m des façades.

adrien_buchet08AAA Façade de la cour Visconti

Voile/tapis volant, résille/moucharabieh : par association d’idées, l’architecture évoque les chromos des contes et les images ramenées par les voyageurs en Orient, incitant le visiteur à mettre en perspective l’érudition culturelle exposée dans les collections des Arts de l’Islam avec l’histoire de nos représentations simplificatrices, de l’orientalisme à Geert Wilders, en passant par Walt Disney. Mais ici, il ne s’agit pas de décor en carton-pâte : la simplicité du geste architectural dissimule la très grande complication – au sens horloger du terme – d’une construction qui se place dans une tradition édilitaire voulant qu’au Louvre, chaque extension témoigne de l’état de l’art – mais aussi de l’idéologie dominante – à l’époque de sa réalisation.

adrien_buchet11AAAAAAAAAAAA Toiture formée de 1.600 triangles

Les trois temps de la construction

Le moment du chantier offre le privilège d’observer l’intérieur du boitier, avant qu’il ne ne se referme définitivement. Au vu du parti architectural impliquant le creusement de la cour, ce sont en réalité trois chantiers qui ont successivement dû être mis en œuvre.

En premier lieu, il s’agissait de dévier les réseaux techniques se trouvant dans le sous sol de la cour Visconti pour les faire passer dans une galerie technique à créer côté Seine. Le Louvre devant continuer à accueillir le public, on ne pouvait couper un flux technique que le mardi, jour de fermeture hebdomadaire. Si l’opération prévue ne pouvait être menée à son terme, elle devait dés lors être renvoyée à la semaine suivante, ce qui n’aurait pas manqué pas d’avoir des répercussions sur le planning. Par ailleurs, ce premier chantier ne fut pas exempt de surprises, l’emplacement des anciennes canalisations n’ayant pas toujours fait l’objet d’un inventaire exhaustif et les vestiges historiques ne se situant pas exactement aux emplacements où l’on s’attendait à les trouver.

En second lieu, le creusement au raz des façades de la cour impliquait une consolidation des sols de fondation par la technique du jet grouting, qui consiste à injecter des coulis par forage rotatif, à grande vitesse, sous pression contrôlée (de près de 400 bars) dans les forages réalisés , avec une légère inclinaison. Après excavation, la mise en place verticale de parois Volclay expansives, dont le composant, de la bentonite sodique naturelle, gonfle jusqu’à 24 fois son volume initial au contact de l’eau, permettait de parer au risque d’infiltrations dues à la proximité de la Seine. Le moindre mouvement des sols pouvant engendrer des conséquences désastreuses sur le bâtiment du Louvre et sur les collections qu’il abrite, 110 points de contrôle ont ainsi été disposés autour de la cour. La tolérance de déplacement maximale était fixée à seulement +/- 3 mm dans le cahier des charges, un écart de +/- 6 mm entraînant l’abandon définitif et irréversible du projet.

adrien_buchet21AAA Espace d’exposition, niveau -1

Pendant toute la durée du chantier, l’alarme n’a été déclenchée qu’à une seule reprise, enregistrant un écart de 3,1 mm qui n’a finalement pas porté à conséquence. Après contrôle, il s’est en effet avéré que le point de base concerné avait un décalage positif de 0,4 mm, ce qui réduisait le déplacement constaté à 2,7 mm, donc en deça des valeurs limites. Pour prendre la mesure du degré de maîtrise exceptionnelle avec laquelle cette opération d’excavation a été conduite, il convient d’ajouter qu’au printemps, la dilatation naturelle du Louvre oscille entre 1 et 2 mm entre le jour et la nuit. Dans l’espace ainsi excavé, pour partie en sous-œuvre, on put dès lors entamer le troisième chantier, à savoir la réalisation du boîtier d’exposition.

Une boîte noire à couvert mordoré

La salle des machines, à savoir l’ensemble du dispositif permettant de contrôler et de maintenir des conditions climatiques optimales (température, hygrométrie, ventilation, pression) pour la conservation des œuvres, a été établie en second sous-sol, sur une surface équivalente à celle de la cour. Alors que dans la plupart des édifices, les locaux techniques sont sous-dimensionnés et font rarement l’objet d’une réflexion spatiale, un soin particulier a ici été porté à la disposition des appareils, de manière à en faciliter l’accès et la maintenance.

adrien_buchet18AAA Espace d’exposition, niveau -1

Au niveau du sous-sol, lequel déborde en sous-œuvre sous la grande galerie et sous la galerie Daru, on trouve la grande salle d’exposition. Un parement de béton noir de 6 cm d’épaisseur a été disposé sur le pourtour (agrafé sur les faces intérieures des parois en béton revêtues) des faces extérieures de la membrane Voclay. Les vitrines d’exposition, des monolithes en verre collé munies d’un système de soufflage placé à raz des socles, sont disposées entre les deux systèmes structurels indépendants qui apparaissent dans cet espace. Deux rangées de quatre piliers massifs portent la dalle du rez-de-cour, alors que deux des quatre faisceaux de poteaux étayant le voile de toiture viennent s’ancrer dans ce sous-sol. Un grand escalier, constitué de béton autoplaçant coulé en moins de quatre heures, permet de franchir les 6 mètres qui séparent le sous-sol du rez-de-cour.

Jusqu’à ce niveau, les systèmes constructifs appartiennent au domaine du connu, pour délicates qu’aient été les conditions de leur mise en œuvre. Ce n’est pas le cas du système de couverture, qui est en quelque sorte l’unique façade du projet, la signature chromatique et matérielle de son insertion dans la cour Visconti.

Les méthodes constructives envisagées étant inédites, il a fallu construire deux prototypes dont le rôle était, d’une part, de vérifier les hypothèses de projet et d’en contrôler les effets de matérialisation et, d’autre part, d’obtenir les agréments par le biais d’un avis technique expérimental (Atex) du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) dont l’avis favorable, en France, vaut pour une norme ou un Document technique unifié (DTU).

adrien_buchet14AAA La structure, fabriquée en Slovénie et assemblée en partie en Pologne

La grille structurelle bi-dimensionnelle est composée de tubes d’acier inox dont le diamètre extérieur est identique, mais dont l’épaisseur varie entre 4 et 12/13 mm, selon le dimensionnement aux efforts. Elle a été décomposée en 45 « échelles », livrées sur le chantier depuis la Pologne par 45 camions. Car la construction de cette structure, attribuée à l’entreprise autrichienne Waagner-Biro, a fait appel à des sous-traitances européennes. Les tubes ont été découpés par pilotage robotisé en Slovénie, alors que l’assemblage par soudure a été réalisé à Cracovie. Les soudures de liaison, réalisées sur le chantier par des soudeurs polonais – les chantiers navals de Gdansk n’ont pas seulement fait l’histoire, ils ont aussi permis de développer un savoir-faire technique sans équivalent –, ont elles aussi nécessité l’agrément du CSTB.

adrien_buchet22AAA Structure composée de tubes d’acier inox

L’enveloppe est composée d’un sandwich, dont l’épaisseur imperceptible permet de donner l’effet de légèreté expressive du voile. Pour assurer l’étanchéité à l’eau, il comprend 1.600 facettes triangulées en verre structurel, sur lequelles est placée une résille chargé de donner l’image d’un nuage doré irrisé.

adrien_buchet13AAA Enveloppe en verre structurel

Chaque triangle peut être ouvert afin d’assurer l’entretien, devenant ainsi garde-corps. Ce dispositif ingénieux, qui a permis d’éviter l’installation d’un ligne de vie, a été agréé par la Coordination sécurité et protection de la santé (CSPS) et l’inspection du travail. L’eau de pluie est évacuée directement sur le système d’égout de la cour par les points bas au bord du voile, qui ne comporte aucune zone pouvant permettre la rétention d’eau. Dans le même souci d’éviter des dispositifs visuellement pénibles, on s’est dispensé de recourir à des systèmes anti-pigeons, un spécialiste du comportement de ces volatiles ayant assuré que l’absence d’eau et de nourriture suffisait à les dissuader d’y séjourner. Sur la face inférieure, l’enveloppe est constituée d’un « nid d’abeille » et d’une résille en aluminium anodisé, avec un traitement chimique pour brillantage de couleur doré clair.

adrien_buchet15AAA L’un des 1.600 triangles

Le sol du niveau rez-de-cour est composé de dallettes de 600×600 mm, en béton reconstitué à partir de marbre gris en provenance d’une carrière en Italie du Nord, dans lequel ont été insérés des copeaux de laiton. Ce choix chromatique prolonge celui retenu par Ieoh Ming Pei, qui a introduit la couleur grise au Louvre lors de l’agrandissement de 1989. Ces dalles sont identiques à l’intérieur comme sur le pourtour extérieur de la cour. Les grilles de ventilation, au sol, ont été développées pour la firme allemande Schako après des essais concluants de simulation de flux d’air en grandeur nature. Il convient de souligner que la question de la circulation de l’air revêt une importance cruciale dans un espace d’exposition recevant une forte affluence de public, tant en ce qui concerne le maintien de conditions hygrométriques et thermiques stables que pour assurer un désenfumage rapide. Pour ce faire, le système de résilles du plafond permet une perméabilité supérieure à 50%, évitant de construire un réseau de gaines sous la couverture.

adrien_buchet23AAAAAAAAAAAA Jeu des transparences

L’enveloppe verticale, tout comme les gardes-corps entourant le vide d’étage, est constituée de verre extra-blanc de 30 mm. Ce choix pour les vitrages a été déterminé afin d’éviter l’effet de couleur verte qu’entraîne le recours à des qualités usuelles de verres. Les couloirs de liaison au niveau du rez-de-cour, sont pour leur part en béton autoplaçant noir et habillés en ductal. De même, une couleur sombre a été retenue pour l’habillage des colonnes d’ascenseurs, recouvertes de tôle noire (sortie de forge) et d’un vernis mat.

adrien_buchet24AAA Le chantier en octobre 2011

Comme un œuf de Fabergé

Les conditions du projet, à savoir la relation, d’une part, entre un bâtiment porteur depuis des siècles du prestige de la France et l’accueil des collections islamiques, impliquaient une réponse architecturale à la fois somptueuse et subtile, éclatante et retenue. La proposition de Ricciotti et Bellini est parvenue à articuler cet oxymore en écartant des solutions choisies par d’autres équipes. Celles-ci consistaient soit à ériger un geste tectonique au cœur de la cour, soit à couvrir celle-ci pour en accaparer l’espace. Ricciotti et Bellini ont, au contraire, considéré le bâtiment du Louvre comme un réceptacle prestigieux contenant un objet infiniment précieux, à la manière des subtiles mécaniques de joaillerie de Pierre-Karl Fabergé. Sa construction répond par ailleurs à la grande tradition du Louvre, qui à chaque étape de son développement a fait appel aux meilleurs artisans et aux connaissances techniques les plus avancées de leur époque. La fin du chantier coïncide ainsi avec la dissimulation de la plupart de ses secrets de fabrication, avant que les collections ne s’ouvrent au public, en principe dans un peu plus d’un an.

Francesco Della Casa

Adrien Buchet

adrienbuchet@gmail.com

Vitra: Coup de cœur

Pavillon de conférences, Tadao Ando

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Outre les entrepôts de Grimshaw, Siza, Gehry et Sanaa, la caserne de pompiers de Hadid et les célèbres lignes affranchies du Vitra Design Museum de Gehry, l’œuvre du japonais Tadao Ando se distingue par sa sobriété. Au milieu d’un champ de cerisiers (que l’architecte tint à conserver), la structure grise de cette œuvre s’inscrit parfaitement dans le paysage.

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Pour sa première réalisation en Europe (1993), l’auteur a choisi de laisser visible le béton brut de l’édifice adroitement implanté sur deux niveaux qui s’ouvrent sur une vaste terrasse.

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Ainsi, afin de mieux saisir cette construction, il est recommandé d’y pénétrer en empruntant un chemin qui dessine un angle droit avec la rangée des arbres. Contrairement aux œuvres voisines, plus pittoresques, il émane de ce pavillon de conférences un calme indispensable aux réunions qui y sont organisées.

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AB

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Vitra: Entretien avec Martin Feller, Directeur Vitra Suisse

 

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1. Avec quelque 400’000 visiteurs en un an, peut-on dire que la réalisation du VitraHaus est une réussite ?

Oui, ce succès est très encourageant car nous ne nous attendions pas à accueillir autant de visiteurs en douze mois. La bonne surprise, est d’y rencontrer des personnes très différentes, d’âge, de nationalité, de style, aux moyens financiers divers, etc. dont l’intérêt ne se limite pas au design. Evidemment, on y trouve nombre de passionnés d’architecture, de design et de décoration intérieure. À l’évidence, nous stimulons la curiosité pour le mobilier et l’architecture.

2. Comment expliquez-vous un tel engouement pour les volumes singuliers de Herzog & de Meuron et parallèlement, le design/les meubles qui sont exposés dans l’édifice?

Ce fameux bâtiment attire déjà bon nombre de passionnés de l’architecture. L’association de ces volumes et du mobilier offre aux visiteurs le loisir d’apprécier aussi bien le contenu que le contenant au fil d’un parcours ludique, instructif et élégant. Contrairement aux showrooms, cette nouvelle formule, qui offre la possibilité de vivre au milieu des meubles au sein de vastes espaces presque familiers, est très singulière et attractive.

3. Quelle est la spécificité du design que préconise Vitra ? Parlez-nous de cette longévité des produits, thème que Vitra place au centre de sa contribution au développement durable…

La longévité est incontestablement au cœur des objectifs majeurs de la firme. Premièrement la longévité technique soit la solidité et la qualité d’un objet. Deuxièmement, la longévité visuelle, car nous ne sommes jamais soumis à la mode et enfin la longévité au niveau de la fonction et de l’ergonomie, prévue pour une durée très longue.

4. Parlez-nous du type de rapports que Vitra entretient avec les designers et les auteurs indépendants.

Nous collaborons très étroitement avec les designers dans la création de nouveaux produits. C’est un lent processus pendant lequel les rapports sont très personnels, et parfois aussi difficiles mais toujours constructifs. Des amitiés se développent alors entre les designers et Vitra.

5. Que pouvez-vous nous dire sur Rolf Fehlbaum, sa passion pour l’architecture et le design (ses collections) ?

Pour Rolf Fehlbaum, le «chairman» de Vitra, sa collection de meubles et surtout de chaises est une source d’inspiration. C’est un vrai passionné : il fait tout pour transmettre son enthousiasme à son équipe et à ses collaborateurs. Ses réalisations sont absolument uniques.

6. Est-il indiscret de vous demander quels sont les futurs projets architecturaux de l’entreprise ?

Vous avez remarqué que la place ne manque pas sur le campus. Celui-ci compte des bâtiments consacrés à la fabrication des meubles, mais aussi des lieux d’exposition destinés à la présentation des produits et au transfert de savoir relatif à l’architecture et au design. En fonction des besoins, de nouveaux bâtiments apparaissent. Suite à la réalisation de l’atelier de fabrication de Sanaa, nous envisageons la construction d’un édifice de l’architecte chilien Alejandro Aravena, projet présenté à la biennale de Venise, mais ajourné pour l’instant.

Au fur et à mesure que Vitra s’agrandit sur le plan international, il faut réunir régulièrement les collaborateurs à Weil am Rhein et prévoir de nouveaux espaces d’information, d’instruction et d’entraînement. Située à coté de la caserne de Zaha Hadid cette structure devrait comprendre des locaux consacrés à ces activités.

Vitra : Les clés d’une réussite

Avec l’arrivée tonitruante du VitraHaus en 2010, le fameux concepteur de mobilier Vitra éblouissait le monde du design. À Weil am Rhein, Outre-Rhin, parcours dans un univers gorgé de couleurs, de matériaux innovants et de lignes originales.

vitra © adrien buchetAAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Cour intérieure centrale

Menée tambour battant depuis une trentaine d’années par Rolf Fehlbaum, l’entreprise Vitra se diversifie et enthousiasme un public sans cesse plus nombreux. Au sein d’une architecture déroutante, la nouvelle formule composée de design contemporain et de créations plus classiques séduit de plus en plus.

vitra © adrien buchet

AAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

Ce showroom-maison, signé Herzog & de Meuron, enrichit un site mythique auquel la diversité et l’abondance des œuvres architecturales collectées au fil des années par Fehlbaum ont conféré une célébrité mondiale. À l’instar de ses maisons archétypales, caractérisées par un empilement astucieux et asymétrique de formes enchevêtrées, le bâtiment se révèle sur fond de vergers. À l’intérieur, le visiteur a le loisir de redécouvrir d’anciennes créations, de tester la collection Vitra, voire de commander des objets. Dans ces espaces intimes qui reproduisent souvent la quiétude d’un foyer familial, l’atmosphère se distingue nettement de celle des grands magasins uniquement destinés à la vente.

Vitra @ adrien buchet

AAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

Une référence pour le design

De la pièce unique à l’objet du quotidien, Vitra s’applique depuis 1950 – date de la fondation de l’entreprise – à rechercher des solutions originales pour réaliser des créations uniques. Toujours à l’affût des dernières technologies permettant des objets originaux, l’entreprise a su imposer peu à peu ses productions et son hégémonie sur le design mondial.

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vitra © adrien buchet

AAAAAAAAAAAAAFauteuil Lounge Chair, Eames, 1956

Or, c’est en grande partie grâce à l’esprit inventif de Charles & Ray Eames que l’entreprise a promu une philosophie fondée sur la durabilité de l’objet en même temps que son accessibilité au plus grand nombre. Comme le précise Fehlbaum,  l’enracinement dans le design contemporain facilite les premiers pas vers des produits qui éliminent tout élément superflu afin de devenir pérennes.

vitra @ adrien buchet

AAALounge Chair Atelier

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Un homme et des architectes

En 1981, un incendie a ravagé une grande partie des entrepôts, des ateliers de fabrication et des espaces de stockage. L’ambition de l’entrepreneur/collectionneur qu’est Rolf Fehlbaum effacera presque instantanément les ravages infligés par les flammes. Projetant de réaliser un site pour développer, produire et exposer les dernières créations, il mandate un bataillon d’architectes peu ou pas connus à l’orée des années quatre-vingt. Nicholas Grimshaw, Alvaro Siza, Zaha Hadid, Tadao Ando, Frank Gehry, Sanaa et enfin Herzog & de Meuron, participent tous à la renaissance puis à la métamorphose du Vitra Campus. Chose étonnante, les bâtisseurs choisis par Fehlbaum intègreront tous, par la suite, le cercle restreint des élites du monde de l’architecture. Elles récolteront à elles seules la bagatelle de six prix Pritzker, à l’instar du dernier, acquis en 2010 par les japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa (Sanaa).

vitra @ adrien buchet

AAAAAAAAAAAAACaserne de pompiers, Zaha Hadid, 1993

Parallèlement à l’édification de bâtiments, Fehlbaum fera l’acquisition de différentes structures : le dôme lunaire  de Richard Buckminster Fuller, une station-service de Jean Prouvé ou encore deux « arrêts » de bus de Jasper Morrison. Comme pour le design, la fascination qu’éprouve Rolf Fehlbaum pour l’architecture est communicative. Grâce à son flair remarquable et à l’audace qui le caractérise, il réussira à transfigurer le campus de Weil am Rhein. Cette collection hétéroclite d’œuvres architecturales sans égales fait incontestablement partie des projets phares de l’entreprise. La déclaration dithyrambique de Philip Johnson ne fera que confirmer le succès de ce projet pharaonique : « Depuis la création de la cité Weissenhof à Stuttgart en 1927, aucun autre lieu en Occident n’a connu une telle concentration de bâtiments signés des noms des plus grands architectes.»

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AAAVitra Design Museum, Frank Gehry, 1989

VitraHaus

Destiné à la collection Home de Vitra, inaugurée en 2004, cet espace d’exposition hors du commun est devenu, en quelques mois, l’une des multiples références du Vitra Campus. Un peu en retrait du Vitra Design Museum, naturellement considéré comme symbole du site, le bâtiment réalisé par les architectes Herzog & de Meuron vient s‘ajouter à la pléiade d’œuvres architecturales déjà présentes ici. À l’inverse des usines de production régies par une option horizontale, l’édifice de 21 mètres de haut permet, notamment, de contempler le paysage et l’étendue du campus.

vitra @ adrien buchet

AAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

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Coup de théâtre

A la nuit tombée, les façades vitrées s’illuminent comme des lanternes suspendues dans l’espace. Pour les esthètes et les visiteurs les plus persévérants qui ont arpenté le site pendant des heures, ce spectacle représente un épilogue chaleureux.

vitra @ adrien buchet

AAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

Contrairement à son voisin, le Vitra Design Museum qui est éclairé au moyen de spots orientés, la lumière provient, ici, de l’intérieur des maisons du VitraHaus. De loin, les taches lumineuses inégales indiquent l’emplacement des salles, l’agencement des volumes et montrent aussi leur contenu. Ainsi, cette visite nocturne est non seulement une attraction pour les yeux mais encore une chance ultime d’apprécier, de l’extérieur du bâtiment, quelques meubles marquants se détachant sur des murs blancs.

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vitra @ adrien buchet

AAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

En définitive, le VitraHaus et le campus proposent une visite variée et passionnante où chacun peut trouver du plaisir. Petits, grands, passionnés ou simples curieux en tirent une expérience tonique et stimulante. Sans forcément souhaiter acquérir une lampe d’Isamu Noguchi ou une chaise colorée de Verner Panton, le VitraHaus présente, de part son allure et ses formes extravagantes, un voyage surprenant dans une architecture, certes, symbolique, mais judicieusement dessinée. L’idéal pour Vitra est de concevoir des objets à la fois classiques et étonnants, mais « adéquats » à un moment donné dans un climat donné.

AB

adrienbuchet@gmail.com

Serpentine Gallery Pavilion 2011

Hortus Conclusus (Un jardin dans un jardin)

Ode au jardin, la Serpentine Gallery propose cette année une réalisation forte qui unit l’homme à la nature.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Du 1er juillet au 16 octobre, le pavillon est installé dans les jardins londoniens de Kensington. Sous la signature de l’architecte Peter Zumthor, ce parallélépipède noir recrée un espace protégé du monde extérieur.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Empruntant l’une des six entrées, disposées sur les côtés longs, le visiteur aborde le pavillon par un couloir obscur qui appelle au calme et à la réflexion.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Au cœur de l’édifice, une petite jungle verdoyante conçue par le designer Piet Oudolf, attire l’attention sur la place centrale qui revient à la nature.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Entre la contemplation d’un jardin sauvage et l’expérience d’une réalisation minutieuse, l’Hortus Conclusus, comme le nomme Peter Zumthor, est un bel exemple d’architecture émotionnelle.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

 

AB

adrienbuchet@gmail.com

 

Séville: Metropol Parasol

Inaugurée au début du printemps, la plus grande structure en bois du monde s’est installée dans la capitale andalouse. Coup de projecteur sur une réalisation atypique.

Texte et Photos Adrien Buchet

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Sur la Plaza de la Encarnacion, au cœur de Séville, le Metropol Parasol fait désormais office de nouveau centre-ville contemporain. Flambant neuf, l’édifice offre un visage inédit à la ville et vient enrichir les nombreux joyaux d’architecture liés au passé prestigieux de cette cité. En regard du quartier historique qu’une majorité de sévillans affectionne, la superstructure arachnéenne mesurant 150 par 75 mètres, détonne dans un cadre urbain homogène.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Polémique bénigne

Œuvre de l’architecte berlinois, Jürgen Mayer H., cette étonnante réalisation n’en finit plus d’attiser la critique. Devant ce qu’ils appellent tous « Las Setas » ou les champignons, les autochtones s’interrogent et les touristes s’enthousiasment. À l’inverse, elle courrouce les éternels conservateurs qui auraient souhaité moins d’extravagance pour le plus important projet construit depuis l’Exposition universelle de 1992. Plus qu’un problème de coût qui agace, c’est apparemment le choix du lieu que la plupart des personnes interviewées jugent inadapté. A contrario, certains ont immédiatement adopté les parasols et insistent sur l’aubaine que constituent en pleine ville les lignes singulières et organiques de cette création unique en son genre. D’un point de vue esthétique, Las Setas ne provoque aucune réaction défavorable et l’admiration reste somme toute majoritaire sous les ondulations aériennes de la toiture.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Un projet ambitieux

Autrefois occupé successivement par un marché puis un terminal de bus, le site avait le potentiel de transfigurer cette place stratégique. En quête d’une solution qui permettrait une utilisation judicieuse d’un espace s’étendant sur près de deux hectares, la municipalité de Séville lance, en 2003, un concours d’architecture visant à rajeunir son centre. Un enjeu clair projetant la rénovation de la Plaza de la Encarnacion par le truchement d’une construction emblématique devait être en mesure de rivaliser avec la Tour Agbar de Barcelone ou le Guggenheim de Bilbao.

Elle correspond aussi à la demande des habitants qui tenaient à ce que le bâtiment vieillisse bien. Ainsi des tests ont été effectués pour s’assurer de sa résistance au climat et le bois a été recouvert de polyuréthane.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Or, dès les premiers coups de pioche, l’opération allait être confrontée à un coup de théâtre récurent dans les villes du vieux continent : l’excavation de ruines appartenant une l’ancienne cité romaine. Choisissant alors de les préserver, les autorités renoncent de ce fait à la construction d’un parking souterrain initialement prévu sous la place. Pour les mettre en valeur, l’appel d’offre se voit modifié et ravit les riverains qui entrevoient à nouveau l’opportunité d’un centre vidé de ses voitures.

Après ce renversement de situation, Mayer gagnera l’admiration et la confiance des mandants ; il s’empare finalement du projet et entame les travaux dès 2004. Bien conscient qu’on attend de lui une réalisation forte et fonctionnelle, il fera en sorte que la ville pâtisse moins de la division est-ouest induite par la principale artère de la vieille ville.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Mirage urbain

Aujourd’hui, la métamorphose est finie. Arriver à pied sur la place représente une expérience particulière avec un effet de surprise garanti. En effet, à quelques encablures de là, le visiteur est agréablement happé par la vision incongrue d’un bras des parasols. In situ, la plus grande création en bois jamais réalisée semble démesurée. Certes, ce forum contemporain introduit par son audace, une importante rupture avec le cadre historique mais sans défigurer un paysage de façades plutôt ordinaires. Sur quelques 11’000m2, six grands piliers beiges et massifs se déploient pour former une immense charpente asymétrique. Haute de 28,50 mètres, et surplombant légèrement la moyenne des immeubles voisins, elle dispense de la fraicheur aux habitants et aux touristes qui la contemplent et la photographient.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Un bâtiment mixte

Composée d’une multitude d’alvéoles ouvertes, le Metropol Parasol comporte plus de vide que de plein. Il faut attendre la lumière zénithale pour qu’une ombre mouchetée provenant des parasols se dessine sur la place. Alors que leur projection se lit sur les pavés, des milliers d’éléments (3400 au total) produisent un effet tout à fait bluffant.

L’édifice comprend quatre niveaux superposés et bien distincts. La partie inférieure est réservée au musée archéologique et à des salles d’exposition qui permettent aux plus curieux de découvrir les ruines romaines. Au niveau de la place, quelques commerçants tentent d’entretenir la vie du quartier et un petit marché est l’avatar de l’ancien marché à ciel ouvert. Au premier étage auquel on accède après avoir gravi une vingtaine de marches, un vaste espace ouvert montre le gigantisme de l’œuvre. Dans le monde des lilliputiens, nous voici dans une véritable forêt de champignons où l’ombre est précieuse dans la fournaise estivale. On peut en effet se rafraîchir, se reposer ou flâner à l’ombre « des lamelles et des chapeaux. » Enfin, au dernier étage, c’est toute la ville qui s’ouvre devant soi. Par l’un des piliers, le visiteur a accès au sommet et peut déambuler sur une passerelle d’où il a un magnifique panorama.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Cette réalisation semble être une bénédiction pour le quartier qui jouira, espérons-le, d’un nouveau dynamisme. Certes, nous n’en sommes pas encore là, mais gageons qu’une telle opportunité portera ses fruits. N’est-il pas normal que l’on essaye de renouveler nos villes en y apportant un brin de panache grâce à une architecture moderne, durable et intelligente ? Notons que le Metropol Parasol reste relativement discret. Dans les limites du convenable et sans imposer une architecture bêtement symbolique, une complémentarité dynamisante entre bâtiments anciens et contemporains devrait être fructueuse et stimulante pour la réputation d’une ville comme Séville.

AB

adrienbuchet@gmail.com