Vitra: Coup de cœur

Pavillon de conférences, Tadao Ando

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Outre les entrepôts de Grimshaw, Siza, Gehry et Sanaa, la caserne de pompiers de Hadid et les célèbres lignes affranchies du Vitra Design Museum de Gehry, l’œuvre du japonais Tadao Ando se distingue par sa sobriété. Au milieu d’un champ de cerisiers (que l’architecte tint à conserver), la structure grise de cette œuvre s’inscrit parfaitement dans le paysage.

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Pour sa première réalisation en Europe (1993), l’auteur a choisi de laisser visible le béton brut de l’édifice adroitement implanté sur deux niveaux qui s’ouvrent sur une vaste terrasse.

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Ainsi, afin de mieux saisir cette construction, il est recommandé d’y pénétrer en empruntant un chemin qui dessine un angle droit avec la rangée des arbres. Contrairement aux œuvres voisines, plus pittoresques, il émane de ce pavillon de conférences un calme indispensable aux réunions qui y sont organisées.

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AB

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Vitra: Entretien avec Martin Feller, Directeur Vitra Suisse

 

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1. Avec quelque 400’000 visiteurs en un an, peut-on dire que la réalisation du VitraHaus est une réussite ?

Oui, ce succès est très encourageant car nous ne nous attendions pas à accueillir autant de visiteurs en douze mois. La bonne surprise, est d’y rencontrer des personnes très différentes, d’âge, de nationalité, de style, aux moyens financiers divers, etc. dont l’intérêt ne se limite pas au design. Evidemment, on y trouve nombre de passionnés d’architecture, de design et de décoration intérieure. À l’évidence, nous stimulons la curiosité pour le mobilier et l’architecture.

2. Comment expliquez-vous un tel engouement pour les volumes singuliers de Herzog & de Meuron et parallèlement, le design/les meubles qui sont exposés dans l’édifice?

Ce fameux bâtiment attire déjà bon nombre de passionnés de l’architecture. L’association de ces volumes et du mobilier offre aux visiteurs le loisir d’apprécier aussi bien le contenu que le contenant au fil d’un parcours ludique, instructif et élégant. Contrairement aux showrooms, cette nouvelle formule, qui offre la possibilité de vivre au milieu des meubles au sein de vastes espaces presque familiers, est très singulière et attractive.

3. Quelle est la spécificité du design que préconise Vitra ? Parlez-nous de cette longévité des produits, thème que Vitra place au centre de sa contribution au développement durable…

La longévité est incontestablement au cœur des objectifs majeurs de la firme. Premièrement la longévité technique soit la solidité et la qualité d’un objet. Deuxièmement, la longévité visuelle, car nous ne sommes jamais soumis à la mode et enfin la longévité au niveau de la fonction et de l’ergonomie, prévue pour une durée très longue.

4. Parlez-nous du type de rapports que Vitra entretient avec les designers et les auteurs indépendants.

Nous collaborons très étroitement avec les designers dans la création de nouveaux produits. C’est un lent processus pendant lequel les rapports sont très personnels, et parfois aussi difficiles mais toujours constructifs. Des amitiés se développent alors entre les designers et Vitra.

5. Que pouvez-vous nous dire sur Rolf Fehlbaum, sa passion pour l’architecture et le design (ses collections) ?

Pour Rolf Fehlbaum, le «chairman» de Vitra, sa collection de meubles et surtout de chaises est une source d’inspiration. C’est un vrai passionné : il fait tout pour transmettre son enthousiasme à son équipe et à ses collaborateurs. Ses réalisations sont absolument uniques.

6. Est-il indiscret de vous demander quels sont les futurs projets architecturaux de l’entreprise ?

Vous avez remarqué que la place ne manque pas sur le campus. Celui-ci compte des bâtiments consacrés à la fabrication des meubles, mais aussi des lieux d’exposition destinés à la présentation des produits et au transfert de savoir relatif à l’architecture et au design. En fonction des besoins, de nouveaux bâtiments apparaissent. Suite à la réalisation de l’atelier de fabrication de Sanaa, nous envisageons la construction d’un édifice de l’architecte chilien Alejandro Aravena, projet présenté à la biennale de Venise, mais ajourné pour l’instant.

Au fur et à mesure que Vitra s’agrandit sur le plan international, il faut réunir régulièrement les collaborateurs à Weil am Rhein et prévoir de nouveaux espaces d’information, d’instruction et d’entraînement. Située à coté de la caserne de Zaha Hadid cette structure devrait comprendre des locaux consacrés à ces activités.

Vitra : Les clés d’une réussite

Avec l’arrivée tonitruante du VitraHaus en 2010, le fameux concepteur de mobilier Vitra éblouissait le monde du design. À Weil am Rhein, Outre-Rhin, parcours dans un univers gorgé de couleurs, de matériaux innovants et de lignes originales.

vitra © adrien buchetAAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Cour intérieure centrale

Menée tambour battant depuis une trentaine d’années par Rolf Fehlbaum, l’entreprise Vitra se diversifie et enthousiasme un public sans cesse plus nombreux. Au sein d’une architecture déroutante, la nouvelle formule composée de design contemporain et de créations plus classiques séduit de plus en plus.

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AAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

Ce showroom-maison, signé Herzog & de Meuron, enrichit un site mythique auquel la diversité et l’abondance des œuvres architecturales collectées au fil des années par Fehlbaum ont conféré une célébrité mondiale. À l’instar de ses maisons archétypales, caractérisées par un empilement astucieux et asymétrique de formes enchevêtrées, le bâtiment se révèle sur fond de vergers. À l’intérieur, le visiteur a le loisir de redécouvrir d’anciennes créations, de tester la collection Vitra, voire de commander des objets. Dans ces espaces intimes qui reproduisent souvent la quiétude d’un foyer familial, l’atmosphère se distingue nettement de celle des grands magasins uniquement destinés à la vente.

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AAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

Une référence pour le design

De la pièce unique à l’objet du quotidien, Vitra s’applique depuis 1950 – date de la fondation de l’entreprise – à rechercher des solutions originales pour réaliser des créations uniques. Toujours à l’affût des dernières technologies permettant des objets originaux, l’entreprise a su imposer peu à peu ses productions et son hégémonie sur le design mondial.

(…)

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AAAAAAAAAAAAAFauteuil Lounge Chair, Eames, 1956

Or, c’est en grande partie grâce à l’esprit inventif de Charles & Ray Eames que l’entreprise a promu une philosophie fondée sur la durabilité de l’objet en même temps que son accessibilité au plus grand nombre. Comme le précise Fehlbaum,  l’enracinement dans le design contemporain facilite les premiers pas vers des produits qui éliminent tout élément superflu afin de devenir pérennes.

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AAALounge Chair Atelier

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Un homme et des architectes

En 1981, un incendie a ravagé une grande partie des entrepôts, des ateliers de fabrication et des espaces de stockage. L’ambition de l’entrepreneur/collectionneur qu’est Rolf Fehlbaum effacera presque instantanément les ravages infligés par les flammes. Projetant de réaliser un site pour développer, produire et exposer les dernières créations, il mandate un bataillon d’architectes peu ou pas connus à l’orée des années quatre-vingt. Nicholas Grimshaw, Alvaro Siza, Zaha Hadid, Tadao Ando, Frank Gehry, Sanaa et enfin Herzog & de Meuron, participent tous à la renaissance puis à la métamorphose du Vitra Campus. Chose étonnante, les bâtisseurs choisis par Fehlbaum intègreront tous, par la suite, le cercle restreint des élites du monde de l’architecture. Elles récolteront à elles seules la bagatelle de six prix Pritzker, à l’instar du dernier, acquis en 2010 par les japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa (Sanaa).

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AAAAAAAAAAAAACaserne de pompiers, Zaha Hadid, 1993

Parallèlement à l’édification de bâtiments, Fehlbaum fera l’acquisition de différentes structures : le dôme lunaire  de Richard Buckminster Fuller, une station-service de Jean Prouvé ou encore deux « arrêts » de bus de Jasper Morrison. Comme pour le design, la fascination qu’éprouve Rolf Fehlbaum pour l’architecture est communicative. Grâce à son flair remarquable et à l’audace qui le caractérise, il réussira à transfigurer le campus de Weil am Rhein. Cette collection hétéroclite d’œuvres architecturales sans égales fait incontestablement partie des projets phares de l’entreprise. La déclaration dithyrambique de Philip Johnson ne fera que confirmer le succès de ce projet pharaonique : « Depuis la création de la cité Weissenhof à Stuttgart en 1927, aucun autre lieu en Occident n’a connu une telle concentration de bâtiments signés des noms des plus grands architectes.»

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AAAVitra Design Museum, Frank Gehry, 1989

VitraHaus

Destiné à la collection Home de Vitra, inaugurée en 2004, cet espace d’exposition hors du commun est devenu, en quelques mois, l’une des multiples références du Vitra Campus. Un peu en retrait du Vitra Design Museum, naturellement considéré comme symbole du site, le bâtiment réalisé par les architectes Herzog & de Meuron vient s‘ajouter à la pléiade d’œuvres architecturales déjà présentes ici. À l’inverse des usines de production régies par une option horizontale, l’édifice de 21 mètres de haut permet, notamment, de contempler le paysage et l’étendue du campus.

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AAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

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Coup de théâtre

A la nuit tombée, les façades vitrées s’illuminent comme des lanternes suspendues dans l’espace. Pour les esthètes et les visiteurs les plus persévérants qui ont arpenté le site pendant des heures, ce spectacle représente un épilogue chaleureux.

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AAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

Contrairement à son voisin, le Vitra Design Museum qui est éclairé au moyen de spots orientés, la lumière provient, ici, de l’intérieur des maisons du VitraHaus. De loin, les taches lumineuses inégales indiquent l’emplacement des salles, l’agencement des volumes et montrent aussi leur contenu. Ainsi, cette visite nocturne est non seulement une attraction pour les yeux mais encore une chance ultime d’apprécier, de l’extérieur du bâtiment, quelques meubles marquants se détachant sur des murs blancs.

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AAAAAAAAAAAAAVitraHaus, Herzog & de Meuron, 2010

En définitive, le VitraHaus et le campus proposent une visite variée et passionnante où chacun peut trouver du plaisir. Petits, grands, passionnés ou simples curieux en tirent une expérience tonique et stimulante. Sans forcément souhaiter acquérir une lampe d’Isamu Noguchi ou une chaise colorée de Verner Panton, le VitraHaus présente, de part son allure et ses formes extravagantes, un voyage surprenant dans une architecture, certes, symbolique, mais judicieusement dessinée. L’idéal pour Vitra est de concevoir des objets à la fois classiques et étonnants, mais « adéquats » à un moment donné dans un climat donné.

AB

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Serpentine Gallery Pavilion 2011

Hortus Conclusus (Un jardin dans un jardin)

Ode au jardin, la Serpentine Gallery propose cette année une réalisation forte qui unit l’homme à la nature.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Du 1er juillet au 16 octobre, le pavillon est installé dans les jardins londoniens de Kensington. Sous la signature de l’architecte Peter Zumthor, ce parallélépipède noir recrée un espace protégé du monde extérieur.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Empruntant l’une des six entrées, disposées sur les côtés longs, le visiteur aborde le pavillon par un couloir obscur qui appelle au calme et à la réflexion.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Au cœur de l’édifice, une petite jungle verdoyante conçue par le designer Piet Oudolf, attire l’attention sur la place centrale qui revient à la nature.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

Entre la contemplation d’un jardin sauvage et l’expérience d’une réalisation minutieuse, l’Hortus Conclusus, comme le nomme Peter Zumthor, est un bel exemple d’architecture émotionnelle.

Serpentine Gallery, Kensington Gardens, Architecture, Peter Zumthor, Pritzker Price

 

AB

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Séville: Metropol Parasol

Inaugurée au début du printemps, la plus grande structure en bois du monde s’est installée dans la capitale andalouse. Coup de projecteur sur une réalisation atypique.

Texte et Photos Adrien Buchet

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Sur la Plaza de la Encarnacion, au cœur de Séville, le Metropol Parasol fait désormais office de nouveau centre-ville contemporain. Flambant neuf, l’édifice offre un visage inédit à la ville et vient enrichir les nombreux joyaux d’architecture liés au passé prestigieux de cette cité. En regard du quartier historique qu’une majorité de sévillans affectionne, la superstructure arachnéenne mesurant 150 par 75 mètres, détonne dans un cadre urbain homogène.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Polémique bénigne

Œuvre de l’architecte berlinois, Jürgen Mayer H., cette étonnante réalisation n’en finit plus d’attiser la critique. Devant ce qu’ils appellent tous « Las Setas » ou les champignons, les autochtones s’interrogent et les touristes s’enthousiasment. À l’inverse, elle courrouce les éternels conservateurs qui auraient souhaité moins d’extravagance pour le plus important projet construit depuis l’Exposition universelle de 1992. Plus qu’un problème de coût qui agace, c’est apparemment le choix du lieu que la plupart des personnes interviewées jugent inadapté. A contrario, certains ont immédiatement adopté les parasols et insistent sur l’aubaine que constituent en pleine ville les lignes singulières et organiques de cette création unique en son genre. D’un point de vue esthétique, Las Setas ne provoque aucune réaction défavorable et l’admiration reste somme toute majoritaire sous les ondulations aériennes de la toiture.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Un projet ambitieux

Autrefois occupé successivement par un marché puis un terminal de bus, le site avait le potentiel de transfigurer cette place stratégique. En quête d’une solution qui permettrait une utilisation judicieuse d’un espace s’étendant sur près de deux hectares, la municipalité de Séville lance, en 2003, un concours d’architecture visant à rajeunir son centre. Un enjeu clair projetant la rénovation de la Plaza de la Encarnacion par le truchement d’une construction emblématique devait être en mesure de rivaliser avec la Tour Agbar de Barcelone ou le Guggenheim de Bilbao.

Elle correspond aussi à la demande des habitants qui tenaient à ce que le bâtiment vieillisse bien. Ainsi des tests ont été effectués pour s’assurer de sa résistance au climat et le bois a été recouvert de polyuréthane.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Or, dès les premiers coups de pioche, l’opération allait être confrontée à un coup de théâtre récurent dans les villes du vieux continent : l’excavation de ruines appartenant une l’ancienne cité romaine. Choisissant alors de les préserver, les autorités renoncent de ce fait à la construction d’un parking souterrain initialement prévu sous la place. Pour les mettre en valeur, l’appel d’offre se voit modifié et ravit les riverains qui entrevoient à nouveau l’opportunité d’un centre vidé de ses voitures.

Après ce renversement de situation, Mayer gagnera l’admiration et la confiance des mandants ; il s’empare finalement du projet et entame les travaux dès 2004. Bien conscient qu’on attend de lui une réalisation forte et fonctionnelle, il fera en sorte que la ville pâtisse moins de la division est-ouest induite par la principale artère de la vieille ville.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Mirage urbain

Aujourd’hui, la métamorphose est finie. Arriver à pied sur la place représente une expérience particulière avec un effet de surprise garanti. En effet, à quelques encablures de là, le visiteur est agréablement happé par la vision incongrue d’un bras des parasols. In situ, la plus grande création en bois jamais réalisée semble démesurée. Certes, ce forum contemporain introduit par son audace, une importante rupture avec le cadre historique mais sans défigurer un paysage de façades plutôt ordinaires. Sur quelques 11’000m2, six grands piliers beiges et massifs se déploient pour former une immense charpente asymétrique. Haute de 28,50 mètres, et surplombant légèrement la moyenne des immeubles voisins, elle dispense de la fraicheur aux habitants et aux touristes qui la contemplent et la photographient.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Un bâtiment mixte

Composée d’une multitude d’alvéoles ouvertes, le Metropol Parasol comporte plus de vide que de plein. Il faut attendre la lumière zénithale pour qu’une ombre mouchetée provenant des parasols se dessine sur la place. Alors que leur projection se lit sur les pavés, des milliers d’éléments (3400 au total) produisent un effet tout à fait bluffant.

L’édifice comprend quatre niveaux superposés et bien distincts. La partie inférieure est réservée au musée archéologique et à des salles d’exposition qui permettent aux plus curieux de découvrir les ruines romaines. Au niveau de la place, quelques commerçants tentent d’entretenir la vie du quartier et un petit marché est l’avatar de l’ancien marché à ciel ouvert. Au premier étage auquel on accède après avoir gravi une vingtaine de marches, un vaste espace ouvert montre le gigantisme de l’œuvre. Dans le monde des lilliputiens, nous voici dans une véritable forêt de champignons où l’ombre est précieuse dans la fournaise estivale. On peut en effet se rafraîchir, se reposer ou flâner à l’ombre « des lamelles et des chapeaux. » Enfin, au dernier étage, c’est toute la ville qui s’ouvre devant soi. Par l’un des piliers, le visiteur a accès au sommet et peut déambuler sur une passerelle d’où il a un magnifique panorama.

Metropol Parasol; Séville; Jürgen Mayer H.; architecture; urbanisme

Cette réalisation semble être une bénédiction pour le quartier qui jouira, espérons-le, d’un nouveau dynamisme. Certes, nous n’en sommes pas encore là, mais gageons qu’une telle opportunité portera ses fruits. N’est-il pas normal que l’on essaye de renouveler nos villes en y apportant un brin de panache grâce à une architecture moderne, durable et intelligente ? Notons que le Metropol Parasol reste relativement discret. Dans les limites du convenable et sans imposer une architecture bêtement symbolique, une complémentarité dynamisante entre bâtiments anciens et contemporains devrait être fructueuse et stimulante pour la réputation d’une ville comme Séville.

AB

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Entretien avec Petra Bacher

Entretien réalisé en allemand, librement adapté par Adrien Buchet

 

Diplômée en graphisme & peinture à l’université des Arts appliqués de Vienne, Petra Bacher est aujourd’hui architecte d’intérieur. Après avoir été directrice artistique de la célèbre épicerie fine Julius Meinl am Graben, de 1999 à 2003, elle crée aujourd’hui des plateaux pour la télévision nationale autrichienne ORF.

AAAAAAAAAAJulius Meinl am Graben

1. Dans le domaine artistique, qu’est ce qui fait l’originalité et l’authenticité de Vienne, ville située au cœur de l’Europe ?

Durant les trente dernières années, Vienne a été incroyablement vivante, active et diverse. La ville, dans tous les domaines, depuis l’ouverture à l’est, a gagné en importance grâce à sa situation centrale. La disparition des frontières géographiques facilite aussi l’apparition d’un style international dans les domaines artistiques et architecturaux.

 

2. Vienne semble intemporelle. Comment l’expliquez-vous ?

« L’intemporalité » peut être comprise de deux manières différentes : immuabilité, permanence, indépendance par rapport à l’air du temps, trois attributs qui présupposent la qualité. Rien de plus évanescent que la recherche du « dernier cri ».

D’autre part, la continuité peut manifester une absence d’intérêt pour le changement ou une certaine peur du scandale. Cette ambivalence entre ce qui passe et ce qui est permanent, est certainement l’un des caractères fondamentaux de Vienne. L’esprit viennois craint tout autant le changement que les formulations trop vigoureuses ou systématiques.

3. Le MuseumsQuartier est comme un grand temple pour l’art, la culture et l’architecture. Quel est son impact sur la ville et les viennois ?

L’ouverture du Quartier des Musées en 2001 a été un coup de théâtre d’autant plus que sa gestation a été très longue. La réalisation d’une œuvre visionnaire consistant à donner naissance à un centre culturel à travers de nombreuses manifestations, a contribué à l’affirmation de l’identité viennoise. La revitalisation des bâtiments anciens fondée sur des concepts contemporains a finalement été bien acceptée par les Viennois comme par les touristes. Cet ensemble polyvalent, avec ses multiples institutions, a provoqué l’intérêt de toutes les générations. La barrière qui sépare trop souvent le public des institutions culturelles, en leur donnant un aspect accueillant, a été franchie de façon magistrale.

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Autriche, Vienne: Du baroque au moderne

TEXTE: ADRIEN BUCHET & CLAUDIA BOGENMANN, PHOTOS: ADRIEN BUCHET

(Extraits, article à paraître)

Au bord du Danube, la capitale autrichienne incarne un foisonnement culturel, artistique et architectural de haut niveau. Parcours au sein d’une ville intemporelle, originale, truffée d’édifices admirables, anciens comme modernes.

La première impression que laisse une ballade à Vienne est trompeuse. Certes, se prélasser dans de charmants cafés, contempler des façades cossues ou déguster un Mozart Kugel, font partie des plaisirs incontournables de l’ancienne capitale des Habsbourg. Si souvent associée à de grands musiciens, écrivains ou encore peintres, elle semble, de prime abord, ne pas avoir été atteinte par la frénésie ou l’avidité économique, souvent ravageuses pour l’identité des plus grandes métropoles.

AAACafé Sacher

Or, Vienne aussi, a connu son lot de chambardements artistiques et architecturaux. En outre, elle marie adroitement les divers styles et tendances ; du baroque au moderne, en passant par le mouvement sécessionniste qui promouvra l’art nouveau à l’entame du XXe siècle.

En 2001, l’inauguration du MuseumsQuartier – l’un des plus vastes espaces culturels au monde – modifie avantageusement le centre de la capitale. Sans faire de l’ombre au château de Schönbrunn, ni aux monuments de la renaissance ou au Musée des Beaux-Arts, la ville osait écrire une nouvelle page de son histoire architecturale.

AAAAAAAAAAEntrée du MuseumsQuartier

Sécession viennoise

La première volonté de rupture avec la Vienne traditionnelle de la fin du XIXe siècle est attribuée au mouvement Sécession. Fondé en pleine période fastueuse, il précéda de deux décennies l’effondrement de l’Empire. En 1897, pour rassembler les artistes et renouveler les arts appliqués, d’éminentes personnalités s’opposent à la pensée conservatrice régnant sous François-Joseph (…).

Pour l’anecdote, rappelons que le bâtiment fut souvent l’objet de moqueries épisodiques, qualifié de « temple des grenouilles », de « mausolée » ou de « tête de chou ». Malgré ces critiques débonnaires, on apprécie cette visite, qui rappelle le poids de l’influence sécessionniste encore perceptible dans cet édifice. Il trône ainsi comme l’emblème de la révolution artistique moderniste.

AAASécession

MuseumsQuartier

Encore aujourd’hui, chaque projet artistique ou architectural comportant une once d’audace, se voit systématiquement chahuté par les réprobateurs. Même si le résultat est contestable, le MuseumQuartier est un bel exemple de ténacité à la viennoise (…).

AAAMuseumsQuartier

C’est sur le site des anciennes Ecuries impériales, que le cabinet d’architectes autrichiens Ortner & Ortner œuvra pour remodeler le bâti et y concevoir de nouveaux édifices. Initialement réalisé par l’architecte Johann Bernard Fischer von Erlach – alors mandaté par Karl VI –  l’ensemble baroque fut conçu pour accueillir 600 chevaux et 200 carrosses (…).

Aujourd’hui, pour son dixième anniversaire, le MQ a fière allure. Dans la grande cour, en été, un brouhaha de joyeuses conversations contribue à son atmosphère chaleureuse.

Blanc et noir

Dans l’enceinte, deux bâtiments modernes – le Leopold Museum et le Museum Moderner Kunst – encadrent l’ancien manège situé au cœur du site (…). L’édifice carré et immaculé du Leopold Museum se démarque par la simplicité des façades en calcaire jalonnées par une dizaine de baies verticales.

AAAAAAAAAALeopold Museum

Dans un cadre splendide, s’étendant sur 5400 m2 de parquets de chêne, les espaces sont consacrés à Klimt, Schiele, Kokoschka ainsi qu’à des peintures, des estampes et du mobilier des XIXe et XXe siècles (…).

AAAAAAAAAALeopold Museum

Dans l’angle opposé de la cour se trouve une autre construction cuboïde qui abrite le Museum Moderner Kunst, alias MUMOK, signé Ortner & Ortner (…). Les cimaises du musée, qui contrastent avec l’obscurité ambiante des lieux, sont consacrées à des œuvres d’arts modernes et internationales du XXe siècle.

AAAAAAAAAAMuseum Moderner Kunst

L’art comme mode de vie

Or, les quelques espaces dédiés aux expressions culturelles contemporaines du MQ et de son Quartier 21, sont loin d’être les seuls lieux où il est possible de créer (…). Grâce aux galeries, aux universités ou aux écoles d’arts réputées, les infrastructures ne manquent pas pour accompagner les jeunes talents dans leurs projets. Construit d’après les dessins de Heinrich von Ferstel dans un style néorenaissance, le Musée des Arts appliqués représente l’une des institutions culturelles majeures de la ville (…).

AAAMusée des Arts appliqués

Chaque mois se créent de nouveaux espaces d’expositions indépendantes. Souvent éphémères et dans des lieux réputés, incongrus ou privés, ces performances artistiques contemporaines apportent à la ville un regain d’intérêt et de crédibilité sur la scène artistique européenne.

Schönbrunn le magnifique

Enfin, parler d’architecture viennoise sans évoquer l’un des joyaux baroques de la ville serait un sacrilège. Le château de Schönbrunn, édifié au milieu d’un parc vallonné, est peut-être l’ensemble le plus représentatif de la culture autrichienne (…).

AAAChâteau de Schönbrunn

Telle est Vienne aujourd’hui ; un savoureux mariage entre le passé et la modernité, mais aussi l’opposition entre deux pensées culturelles,  finalement très complices.

Parée de cet héritage hétéroclite, la capitale autrichienne s’installe peu à peu sur le podium des villes les plus fascinantes du vieux continent.

Le bruit court déjà que Vienne serait la nouvelle capitale européenne de l’art. Qu’il en soit ainsi !

A B

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