Allemagne, RUHR.2010 : Un modèle de reconversion

TEXTE ET PHOTOS : ADRIEN BUCHET

(Extraits, article à paraître)

Entre friches industrielles et nouvelles constructions, la plus grande région industrielle d’Allemagne obtenait en 2010, le titre mérité de « Capitale européenne de la culture ».

AAASite du Zollverein à Essen

C’est l’histoire d’un vaste et ancien bassin minier qui fête avec passion sa métamorphose. En 2010, la Ruhr avec Essen, est la première région qui se voit attribuer le titre de « Capitale européenne de la Culture ». Englobant les villes de Dortmund, Bochum ou encore Duisburg, cette conurbation de 53 villes s’est transformée, depuis une vingtaine d’année, en un formidable pôle culturel et artistique. Aujourd’hui, l’importance d’un patrimoine, quel qu’il soit, la transformation de la région en une immense agglomération urbaine et le partage des savoirs sont les fers de lance de l’évènement. Ainsi, basé sur l’assainissement de friches industrielles qui se combinent avec de récentes réalisations, le succès du chantier titanesque de l’ancienne usine du Zollverein est captivant. Ce  nouveau site culturel et économique symbolise maintenant la Ruhr.

AAAAAAAAAAL’escalator de Böll, Krabel et Koolhas, Zollverein

Une industrie culturelle

Le 9 janvier 2010, jour de l’inauguration de la manifestation Ruhr.2010, le président de la Commission européenne Manuel Barroso et le président allemand, Horst Köhler, attiraient près de 100’000 personnes à Essen. Sur le site du Zollverein – ancien complexe d’extraction de charbon – la Ruhr célébrait sa mue et présentait les grandes reconversions de son passé industriel. De 1989 à 1999, grâce au soutien financier apporté par l’IBA Emscher Park – un programme public de promotion régionale consacré à l’exposition d’un patrimoine industriel d’exception – la Ruhr pouvait entrevoir sereinement son futur. Pour la résurrection de la région, les développements culturels, économiques, sociaux et urbains furent considérables. Avec l’investissement de 2,5 milliards d’euros, le chantier réalisé le long de l’Emscher – ex-canal industriel – dévoile un décor naturel constellé de lieux d’art et de loisirs.

AAALe long de l’Emscher, l’ancien gazomètre d’Oberhausen

Transfiguration des sites

A Essen, pour le lancement de Ruhr.2010, le britannique David Chipperfield est chargé (2007 à 2010) de la rénovation du musée Folkwang. Bâti en 1902 par Karl Ernst Osthaus, ce lieu représenta le premier musée d’art contemporain en Europe. Remaniant l’ancien édifice, classé aux monuments historiques, l’architecte a adjoint six cubes de  verre séparés par plusieurs patios et un jardin. Dès lors, sur 25’000 m2 se côtoient aisément peintures, collections de photographies et d’affiches.

AAAAAAAAAAA Essen, Le musée Folkwang de Chipperfield

Quant aux autres sites ayant fait l’objet d’assainissement ou de réaménagement, il serait difficile de tout énumérer tant le phénomène du Zollverein a fait des émules. Dortmund a transformé son antre de la bière – l’ancienne  brasserie Dortmunder Union plus connu sous le nom de U-Turm – en Centre d’art et de créativité. Démarche exemplaire de promotion de la culture au travers d’une architecture industrielle.

Le trésor emblématique

Mais c’est à nouveau près d’Essen que toutes les attentions se fixent. La scène se déroule sur le toit de l’ancienne mine du Zollverein, transformée aujourd’hui en Ruhr Museum, à Essen. Le panorama, édifiant, rappelle au visiteur quelle était l’importance du charbon et de la métallurgie, jadis symboles de toute la région. Sur l’horizon plat, se découpent cheminées altières et chevalements qui prennent la forme de mystérieuses jungles métalliques ; la vue est belle.

Le site du Zollverein, est l’exemple type de la volonté exacerbée de changement de la part des autochtones. Des personnes perspicaces, ayant vite saisi le potentiel du lieu, allait revaloriser – avant même l’extinction définitive des fourneaux en 1993 – ce patrimoine industriel considérable.

L’harmonie des bâtiments est saisissante. S’inspirant du modèle du Bauhaus, l’ensemble est réalisé au début des années trente par les architectes allemands Fritz Schupp et Martin Kremmer. Accueillant 6935 employés en 1937 – son pic d’activité – le site fournissait 12’000 tonnes de lignite (charbon) par jour.

AAAAAAAAAAOmbre et chevallement, Zollverein

Cubisme moderne

En 2006, l’enceinte du Zollverein accueillait une architecture de choix. Aujourd’hui célèbre, grâce à l’attribution du Pritzker 2010 et à la réalisation du Rolex Learning Center de Lausanne, Sanaa achevait quatre ans plus tôt la construction de la Zollverein School of Management & Design.

AAAAAAAAAAZollverein School of Management & Design

Dans la lignée de l’architecture cubique de Schupp et Kremmer, Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa se sont appliqués à respecter les lieux, tout en proposant une architecture insolite et rafraichissante en regard du site historique. En béton et d’aspect minimaliste, le bâtiment recèle des caractéristiques d’isolation astucieuses. En effet, grâce à des circulations d’eau installées dans les murs, les coûts et les pertes en énergie du bâtiment se font moins ressentir.

AAAZollverein School of Management & Design, intérieur

L’école est maintenant, non seulement un lieu de conception, d’enseignement et de recherche, mais également un espace d’exposition où il est possible de contempler les œuvres photographiques de Bernd & Hilla Becher, Andreas Gursky, Candida Höfer etc.

AAAZollverein School of Management & Design, façade

Depuis trente ans, la métropole de la Ruhr s’est métamorphosée. Déjà mythique pour ses habitants, elle est également un exemple pour les autres régions jouissant d’un contexte industriel similaire. Un premier bilan prouve le potentiel régénérateur d’une région et montre qu’il n’est jamais trop tard pour envisager une restructuration, aussi herculéenne soit-elle.

AAAAAAAAAAEscalator de Böll, Krabel et Koolhas, Zollverein

AB

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Learning Center

Une ondulation qui fait des vagues

Des méthodes de construction inédites pour un résultat novateur au sein même de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), apportent cette année au duo japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa la récompense suprême: le prix Pritzker.

A la fois contesté et admiré, le nouveau Rolex Learning Center du bureau d’architectes japonais Sanaa entre en phase d’apprivoisement avec étudiants et chercheurs.

Conçu sur un seul niveau avec des lignes de sol ondulantes, l’originalité architecturale de l’édifice réside entre autre dans des techniques de pointe aboutissant à une première mondiale: la mise sous tension des voûtes de bétons par un câble situé dans les fondations.

A quelques mètres du lac Léman, l’ouvrage qui abrite un laboratoire de recherche, une bibliothèque, un auditorium, des espaces de travail, un centre culturel ou encore un restaurant, ne fait pas l’unanimité. Diverses critiques – d’ordre fonctionnel, matériel, spatial ou urbanistique – interpellent, par exemple, à propos de l’isolement d’un tel bâtiment en regard du campus.

Outil indispensable pour les méninges ou nouvelle vitrine de l’EPFL?

Premiers éléments de réponse en images.

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Texte et photos: Adrien Buchet


Jean-Paul Viguier

Résumé de l’interview de Jean-Paul Viguier, 2009

Entretien et photos par Adrien Buchet

Architecte-urbaniste de renom, Jean-Paul Viguier a réalisé notamment le bâtiment Coeur Défense en 2001. Il est maintenant à la tête du projet de la tour Majunga.

Votre agence couvre un vaste projet de compétence et d’intérêt dont la construction de tours. En quoi l’édification de gratte-ciel vous intéresse-t-elle ?

Les gratte-ciel sont toujours des bâtiments exceptionnels ; ils réclament de la part de l’architecte savoir faire et créativité car ce sont des objets urbains uniques à forte visibilité. Ils acquièrent auprès du public une vraie notoriété : ce sont des points de repère dans la Ville. L’architecture et la technologie en jeu dans les gratte-ciel représente pour moi l’idée de progrès, quelque fois d’avant garde.

Que représente dans votre carrière la réalisation Coeur Défense ?

Coeur Défense, c’est un pan entier de ma vie : un peu plus de dix ans de travail ; un projet exceptionnel de par son ampleur : 12 000 personnes travaillent dans Coeur Défense, ce qui en fait quasiment une petite ville! Il est le premier d’une nouvelle génération de tours pour lesquelles les questions environnementales ont guidé le processus de conception : réduire significativement la consommation d’énergie en agissant sur la climatisation et la qualité de l’air distribué, raccourcir les distances de tous les déplacements, mettre en œuvre des systèmes d’isolation thermique nouveaux, donner de la lumière naturelle en abondance à tous les espaces de travail, donner des possibilités d’implantation de postes de travail flexibles et adaptés au monde moderne.

Qu’en est-il de votre projet de tour Majunga ?

Ce projet fait partie du Plan de Renouvellement du Quartier de la Défense et dans ce sens représente une nouvelle génération de tours : plus urbaines, plus écologiques, et exposant des formes et des concepts architecturaux nouveaux et audacieux ; comme par exemple l’introduction de jardins d’étages et un volume divisé en trois lames verticales, se déployant sur toute la hauteur de la tour et lui donnant une image unique et attractive.

Comment imaginez-vous l’avenir de La Défense ?

L’épais socle en béton sur lequel les tours sont construites a pendant longtemps limité les évolutions de ce quartier ; aujourd’hui la transformation du boulevard circulaire en boulevard urbain avec feux rouges, plantations et passages piétons permet d’agrandir le territoire consacré à la construction des tours en direction des trois villes de Nanterre, Courbevoie et Puteaux. Ce quartier persiste dans son pari originel de rechercher la mixité des constructions, entre les tours de bureaux, les logements et les équipements afin de conserver son animation urbaine en toute saison. Enfin l’architecture au travers des derniers projets annoncés retrouve des couleurs dans l’audace et l’innovation : la Défense a de l’avenir.

La Défense, un îlot spectaculaire

TEXTE ET PHOTOS PAR ADRIEN BUCHET

(Extrait d’un article paru en octobre 2010)

Pôle tertiaire et place financière phares du vieux continent, La Défense, vétéran des quartiers d’affaires européens fêtait en 2008 son cinquantième anniversaire.

En dehors de toutes polémiques concernant les nouveaux projets de gratte-ciel, leurs impacts environnementaux, l’obsolescence des tours existantes ou autres querelles politiques, l’ensemble intrigue et aspire l’observateur curieux dans les arcanes de l’architecture verticale. Cet ancien laboratoire à ciel ouvert, dévoile une palette de réalisations surprenantes, parfois étranges mais qui forment néanmoins un assortiment exceptionnel pour les yeux.

Première architecturale

Au début des années soixante, l’intérêt pour le nouvel îlot aux frontières définies par le Général de Gaulle n’est pas immédiat. Suite à la construction du CNIT (Centre des Nouvelles Industries et Technologies), oeuvre de Jean Prouvé et des trois prix de Rome, Robert Camelot, Jean De Mailly et Bernard Zehrfuss, un premier « plan masse » voit le jour en 1964. Celui-ci consiste alors en l’édification de 24 tours, une première en Europe. Le bilan d’une telle frénésie est discutable à une époque rarement soucieuse de la cause environnementale. En effet, même si de grands noms se sont attelés à l’ouvrage pour dynamiser La Défense, les techniques de construction présentent d’importantes carences. Cependant, la première campagne architecturale offrira de petits chefs-d’oeuvre avant-gardistes.

La tour Nobel (à g.) en est le meilleur exemple. De première génération (1968), elle représente pour l’époque une élévation élégante et novatrice en terme d’avancée technologique. Une conception spatiale offrant de vastes surfaces de niveaux (1000 m2), enrobées d’un manteau seyant aux plis arrondis, lui donne à la tombée du jour l’apparence d’une tour lanterne. Cette oeuvre (rebaptisée tour Initiale), des architectes De Mailly, Depussé et Prouvé, a subi en 2001 une restauration vitale pour évacuer 2000 tonnes d’amiante et la calibrer aux normes de sécurité incendie. Les nouveaux maîtres d’oeuvre, Valode et Pistre, également spécialistes en réhabilitations, ont travaillé pour une adaptation fidèle de ce patrimoine de qualité dans le monde contemporain et offrir à ce petit bijou précurseur, une surprenante fraîcheur : pari gagné!

Frénésie pour la hauteur

Les tours de seconde génération (années 70’) laisseront de lourds stigmates à la cité verticale. Des erreurs grossières de la part des concepteurs témoignent d’un élan précipité, motivé jadis par un objectif précis : l’exposition du leadership français. Divers gratte-ciel symboles de puissance économique verront alors le jour. Inévitablement, nombre d’entre-eux ne connaîtront d’autres destinées que la démolition pour faire place aux réalisations modernes plus viables. Certains devraient cependant échapper à de grands remaniements, synonymes de destruction ou de restauration. La tour Areva (1974) signée SOM et des architectes associés Roger Saubot et François Julien, offre le contraste d’un parallélépipède noir sur bleu azur ; vision frappante dans le skyline vertical du quartier. Son inscription massive ne laisse pas indifférent et la sobriété de sa couverture en granit sombre lui donne un caractère à la fois obscur et majestueux. Aussi, le choix astucieux d’avoir monté des fenêtres plus larges dans les parties hautes, diminue ainsi l’impression de démesure et de gigantisme.

AAAAAAALa tour Areva en granit sombre

Suite à l’important coup d’arrêt de 1973, un nouveau plan de relance est élaboré en 1978, provoquant la construction de 350’000 m2 de nouveaux bureaux. Dans la foulée, vient l’inauguration du plus grand centre commercial d’Europe (100’000 m2), Les Quatre Temps, qui laissera la vedette en 1989, à la Grande Arche de l’architecte danois Johann Otto von Spreckelsen ; habile coup de poker du président Mitterand et de sa politique de grands travaux. Enfin, la décision de la Société Générale d’implanter son siège à La Défense, parachèvera cette relance inespérée et redonnera aux entreprises françaises et étrangères le goût de la verticalité.

ALes tours Chassagne et Alicante (167m.) de Andrault & Parat

Gratte-ciel « divas »

L’architecture des tours de troisième génération ne subira pas de profondes évolutions et même si les erreurs commises précédemment sont corrigées (notamment avec la tour Total Coupole), les négligences de prise en compte environnementale, locale ou encore socioculturelle, se font toujours ressentir. Il faudra attendre le nouveau millénaire pour que le panorama du « vieux » quartier s’enrichisse de réalisations plus novatrices et soignées. Deux oeuvres marquantes verront le jour simultanément. De nature et d’esthétique opposées, l’élévation des tours EDF et Coeur Défense, inscrira, architecturalement, une nouvelle page pour le lieu et pour la conception de gratte-ciel en Europe. Sur l’ancien tracé du rond-point de La Défense, elles sont disposées de manière à encadrer la Grande Arche.

AAAAAAALa tour EDF et son entaille colossale offre un nouveau visage à La Défense

La première, avec son mur-rideau alternant verre vert et métal poli, est conçue en 2001 par Pei, Cobb, Freed & Partners. D’une hauteur de 165 m., la tour dévoile, grâce à une entaille en biseau sur les 26 premiers étages, un plan insolite, de nature lenticulaire consistant en une base plus étroite que le sommet (41 étages). En outre, en bas de l’encoche s’ouvre une marquise circulaire de 38 tonnes sur un porte-à-faux de 38 m. qui signale l’entrée de la tour. L’intérieur restant classique, la réussite de cette oeuvre réside essentiellement dans son élégante silhouette offrant des lignes de fuite particulièrement élancées.

La tour Coeur Défense (2001), de Jean-Paul Viguier (voir interview) offre plusieurs caractéristiques dotées de superlatifs révélateurs : lors de son acquisition par la célèbre banque américaine Lehman Brothers, la tour valait la somme record de 2,1 milliards d’euros. Structurellement parlant, elle représente le plus grand ensemble de bureaux réalisé jusque-là en Europe, totalisant 350’000 m2 de planchers. Outres ces chiffres astronomiques, Coeur Défense se compose de deux tours jumelles de 180 m. et de trois autres modules de 8 étages. Avec des angles arrondis et une façade beige clair rappelant les immeubles haussmanniens, cet ensemble rend un bel hommage à l’oeuvre de Spreckelsen. De plus, en accord avec certains points du label officiel français HQE (Haute Qualité Environnementale), sa démarche novatrice et prometteuse donne l’espoir de voir apparaître, prochainement, des tours plus « responsables ».

ACoeur Défense abrite le plus grand ensemble de bureaux réalisé jusque-là en Europe

Fin 2008, La Défense accueille une nouvelle venue de choix. Située sur la commune de Nanterre, la nouvelle oeuvre de l’architecte-urbaniste Christian De Portzamparc témoigne d’un beau progrès. Troisième immeuble de la Société Générale, la tour Granite devient la première tour HQE de l’hexagone qui représente dès lors une opération « pilote » pour induire une dynamique de développement durable. Elle bénéficie, par rapport à ses voisines plus traditionnelles qui atteignent dans certains cas 1000kwh/m2/an, d’une consommation limitée correspondant à une dépense en énergie de 192kwh/m2/an.

ALa tour Granite signée Christian De Portzamparc

Plan de relance 2006

Aujourd’hui, cette conjonction de 1500 entreprises, réunit quelques 160’000 salariés. Suite aux Trente Glorieuses qui encouragèrent son aménagement à la fin des années cinquante, La Défense essuya successivement de multiples revers. Or, elle voit toujours grand, et grâce au plan de relance (2006), concocté par le Président Sarkozy, elle entend rester l’un des centres d’affaires les plus importants d’Europe.

En outre, le poids des années sur des murs-rideau vieillissants semble néfaste pour un site qui vise les grands acteurs de la « planète argent ». De surcroît, l’esplanade, dans son ensemble, présente d’importantes lacunes urbanistiques en raison d’une forte densité de tours sur 160 ha. Une équation magique qui ferait de cet endroit un lieu de mixité et le chef de file économique du pays est envisageable mais un sérieux retard reste à combler.

AAAAAAAStabile de Calder

Comme ses prédécesseurs de Gaulle et Mitterrand, le président Sarkozy place la Défense comme l’une de ses priorités. Avec une conjoncture actuelle involutive, l’enjeu de l’EPAD (Etablissement Public de l’Aménagement de la Défense), visant notamment la construction de 450’000 m2 de bureaux, est de taille. L’objectif est de rendre le quartier plus compétitif ; d’une part, pour contrecarrer l’élan et le modernisme de ses concurrents étrangers et d’autre part, pour garantir sa compétitivité vis à vis des voisins franciliens (Saint-Denis, Paris-Nord 2, Montreuil etc.), qui proposent également des surfaces de travail neuves pour répondre aux exigences des entreprises.

Un futur innovant

Malgré les grimaces de certains, la construction de grande hauteur restera ici le symbole par excellence de modernité et de puissance économique. Si certains projets sont actuellement en suspens, on en prévoit de nouveaux dont plusieurs promesses de vente viennent d’être approuvées par l’EPAD fin janvier 2010 : la tour Majunga (voir entretien), la tour Generali, la tour D2 ainsi que les tours Carpe Diem et AVA qui feront l’objet de démolitions-reconstructions.

Enfin, l’emblème de ce renouveau ne sera vraisemblablement pas représenté par la révolutionnaire tour Signal dont le projet du lauréat, Jean Nouvel, charma le jury de l’EPAD au mois de mai 2008. Cette tour multifonctionnelle qui avait beaucoup fait parler d’elle, se targuant d’être l’édifice de référence pour le Grand Paris, ne sera finalement pas érigée en raison du désengagement des investisseurs espagnols qui subissent la crise de plein fouet.

En revanche, quelques projets en cours de traitement seront probablement les prochaines attractions du quartier. La tour Phare de l’américain Tom Mayne (2012) sera avec ses 300 m. le gratte-ciel le plus élevé de la Défense. Par aileurs, le projet Hermitage des investisseurs russes du même nom, qui offre à Sir Norman Foster d’ériger des tours jumelles (2016) semble être en bonne voie. Affaire à suivre.

Dans ce nouveau millénaire tempétueux, les hauts mâts du quartier d’affaire plient mais ne rompent point. Un lieu pensé pour accueillir des structures si hautes doit se remodeler en fonction des erreurs passées mais insister sur la verticalité. C’est notre mentalité qui doit évoluer : agir de manière responsable et en rapport constant avec la nature. La tour est effectivement loin d’être innocente à l’égard de l’environnement. Cependant les diverses mutations technologiques ou écologiques avancent à grand pas, concoctant un futur prometteur. L’atout premier de La Défense est son homogénéité urbanistique, si rare au-delà du périphérique parisien. Outre ses défauts et son passé mitigé au couleur gris béton, le quartier présentera bientôt un visage inédit.

AB

Peter Zumthor

Surpris par le Pritzker 2009

(Article paru dans l’Information Immobilière n°101, février 2010)

Texte et photos Adrien Buchet

Entretien réalisé en allemand par Claudia Bogenmann

Au début de l’été 2009, l’architecte suisse Peter Zumthor accède à la plus haute marche du monde des bâtisseurs. Le célèbre Prix Pritzker, synonyme de « Nobel de l’architecture », honore pour sa trentième édition, un homme simple et sensible qui, à 20 ans, entamait sa carrière comme apprenti ébéniste. Le jury du Prix, audacieux, provoque cette année un petit coup de théâtre en récompensant non un géant de l’architecture, comme de coutume, mais un personnage discret qui consacre sa vie d’architecte à des logements sociaux, des églises et des lieux culturels. Ainsi, le jury présentait fièrement son lauréat : « Peter Zumthor ne s’engage dans un projet qu’à la condition qu’il ressente une profonde affinité avec le programme ; mais dès qu’il s‘est engagé il s’y voue entièrement pour parfaire les moindres détails. »

C’est une nouvelle réjouissante pour l’architecture suisse et pour quiconque qui, avec foi et ardeur, croit en ses chances et au bien fondé de sa réflexion.

Cette nomination démontre en effet qu’un être minutieux, persévérant et aux convictions inébranlables, peut conquérir le Saint Graal. Fruit d’un travail réfléchi et méticuleux l’ensemble de son oeuvre représente une vingtaine de réalisations.

AThermes de Vals

Un architecte différent

Peter Zumthor se positionne incontestablement dans une sphère de pensée qui diffère de celle de ses homologues. En 1979, il décide de fonder son agence à Haldenstein, dans les Alpes grisonnes. Très ferme dans le choix de ses projets, Zumthor se limite à de rares réalisations et pour cause ; l’architecte ne néglige aucun point de vue : « historique, esthétique, fonctionnel, ordinaire, quotidien et personnel…» Cette recherche d’un travail soigné et accompli, il l’applique aussi bien à la réalisation des Thermes de Vals (1996), qui lui vaudront une célébrité fulgurante, qu’au pavillon qui représenta la Suisse à L’Exposition universelle de Hanovre en 2000. Ses œuvres, remarquées alors par nombre de ses confrères, témoignent d’une grande qualité par la durabilité qu’il leur insuffle. De surcroît, il y a cette atmosphère qui se dégage au sein même de ses bâtiments dont la visite constitue une expérience sensationnelle. Contrairement aux courants dominants qui se bornent à doter l’architecture de symboles éphémères, son travail commence au coeur de la matière et n’a rien de superflu. Ainsi, de ses textes émane cette intensité qui habite le récent lauréat. Ses mots, d’une précision qu’agrémente une touche de poésie, fournissent les clés qui expliquent la cohérence d’un édifice.

Souffle inspirateur

L’une des facettes qui caractérisent la démarche singulière de Peter Zumthor, est son attitude lors de l’élaboration d’un nouveau projet. Convaincu que « nous portons en nous les images d’architectures qui nous ont marqués », il se remémore d’anciennes sensations ou de vieux souvenirs qui pourraient l’orienter. « Penser en images comme méthode de conception de projet», telle est la définition favorite de Peter Zumthor. C’est également l’un des secrets qui dotent ses oeuvres de l’ambiance qu’il souhaite créer. Par là même, le visiteur éprouve naturellement un rapport fort et émotionnel au contact d’un bâtiment. L’architecte croit ainsi en une interaction entre nos impressions et les choses qui nous entourent : « Par mon travail, je contribue à façonner la réalité, à donner à l’espace construit une atmosphère où nos sensations puissent s’enflammer. »

La chapelle de St. Benedect de Sumvitg (1988) dans la « Surselva » (Grisons) est un bel exemple de réalisation modeste et délicate issue des mains de l’architecte. Depuis quelques semaines, elle attire les plus fous d’architecture.

Presque intégralement en bois de mélèze reproduisant une forme symétrique comme celle d’une goutte d’eau, elle se distingue de ses voisines grisonnes en pierre, plus traditionnelles. A l’intérieur, seul le craquement du parquet résonne. Des poutres verticales s’élèvent jusqu’à un plafond en charpente, qui ressemble à l’étrave d’un navire. Ce lieu calme et hospitalier est propice au recueillement.

Le coeur des choses

La matière. En somme, c’est elle la reine des lieux. Afin de donner du sens à ses bâtiments, l’architecte insiste sur le rayonnement qu’il veut conférer aux matériaux : « La magie du réel est pour moi l’alchimie de la transformation des substances matérielles en sensations humaines… » Les thermes de Vals en sont un exemple probant…

D’une force architecturale exceptionnelle, elles n’attirent pas moins de 150’000 visiteurs par an. Il s’agit là d’une véritable harmonie entre la nature et un bâtiment, entre des corps et, un décor d’eau et de pierre. Pour qui n’a pas fait l’expérience du lieu, implanté dans une vallée verte et authentique, il ne s’agit que d’un modeste quadrilatère qui n’intrigue guère au premier abord. Puis, déambulant dans les salles d’eau, une sensation de bien-être s’empare de nous, comme si l’endroit, ô combien fascinant, puis familier, nous adoptait. Outre le confort, c’est une relation, voire un dialogue, qui s’engage entre les matériaux, les éléments et notre corps. Au son des échos joyeux, nos sens s’épanouissent, bercés par le clapot dans cette lueur bleutée.

Ici, l’architecture prend sa réelle dimension. 60’000 lames de gneiss de Vals furent extraites dans la vallée pour être fendues, taillées et ciselées, pour les rendre lisses et chaleureuses.

AThermes de Vals, lieu de repos, de culture et de loisirs

Autres réalisations

Ces dernières années, Peter Zumthor a mis en oeuvre, progressivement et par-delà les montagnes, le génie de sa pensée. Outre Vals et dans des registres variés, il utilise habilement des matériaux plus classiques (le métal, le béton ou encore le verre). A Bregenz (1997), le musée des Beaux-Arts en verre dépoli revitalise la ville autrichienne. Ici, l’architecte confirme son ouverture à des éléments contemporains et sa faculté d’adaptation, en l’occurrence dans un contexte urbain.

Ses dernières réalisations d’Outre-Rhin ont convaincu les spécialistes. En 2007, Zumthor réalise le musée Kolumba de Cologne, alliant remarquablement le moderne à l’ancien. Cet édifice qui fit l’unanimité au sein du jury du prix, dévoile un langage architectural dans lequel l’atmosphère du lieu semble offrir aux visiteurs un réel épanouissement. Pour la justesse d’interprétation de ce carrefour où se combinent à merveille des murs d’histoire, il est récompensé, début 2009, par le Deutscher Kulturpreis.

Finalement, le Prix Pritzker remis à Peter Zumthor, n’est pas aussi insolite qu’il y paraît. C’est pour sa fidélité irréprochable à la conception d’une oeuvre – du projet, jusqu’à la pose de la dernière pierre – qu’il a été honoré à plusieurs reprises. En 2008, il est aussi lauréat du « Praemium Imperiale » qui correspond à l’une des plus hautes distinctions culturelles au Japon.

Loin des grands discours calibrés d’architectes vedettes – qui professent des théories qui se ressemblent toutes et qui subitement se rallient au parti d’une architecture responsable – le lauréat du récent Pritzker décrit et explique sa démarche.

Reçus fin juin par Peter Zumthor dans son atelier d’Haldenstein, nous fûmes impressionnés puis mis en confiance dès le début du dialogue avec cet homme ouvert, souriant et passionné.

Interview Peter Zumthor, 2009

Nous imaginons que vous allez être sollicité pour des projets multiples en Suisse et à l’étranger. Comment envisagez-vous ce nouveau statut de lauréat du Pritzker ?

Je ne le sais pas encore exactement. Au début je pensais que le prix ne changerait rien pour moi. Or, le fait de recevoir tant de compliments me touche profondément. C’est beau. Je sens que désormais j’ai moins besoin d’imposer ma façon de travailler. En effet, le respect et la bienveillance sont encore plus grands à mon égard. Et cela me laisse plus de liberté pour rêver.

Vous vous décrivez comme architecte-auteur. Qu’entendez-vous par là ?

Premièrement, cela signifie que je me concentre sur le contenu du projet et participe ensuite à son élaboration. Ce n’est pas comme si quelqu’un d’autre définissait le contenu d’une construction et que je ne me chargerais que de la forme adéquate. Deuxièmement, je m’occupe de l’ensemble. Musicalement parlant, on pourrait dire que je suis à la fois compositeur et chef d’orchestre. En somme, j’écris la composition et je la joue.

Mais je l’interprète avec mon équipe de 20 personnes, qui ont des idées similaires. Nous unissons nos forces, vieux et jeunes.

– En quoi la construction de lieux de culte vous intéresse-t-elle?

Je n’ai jamais encore construit d’édifices religieux incluant un programme liturgique strict. Ce serait probablement trop ciblé voire spécialisé pour moi. Mais j’aime les lieux de réflexion, de spiritualité, il n’y en pas assez. Aujourd’hui, on construit surtout des endroits où quantité de stimuli nous assaillent. Il en faut aussi: le centre commercial, l’aéroport, un bar bruyant à une heure du matin, etc. Mais nous avons aussi besoin d’autre chose: des lieux, où l’on n’est pas déconcentré, perturbé par ce qui nous entoure, mais où l’on peut se retrouver, se recueillir, être soi-même. Ça fait partie de l’homme.

Chacun considère que Vals est votre chef-d’œuvre. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est une vision extérieure, une idée que les gens s’en font. Je dirais que les thermes de Vals sont plus accessibles qu’une maison de retraite, par exemple, où les amateurs d’architecture ne sont pas les bienvenus. Même un musée d’art suscite encore quelques réticences, je pense. Des bains thermaux en revanche sont ouverts à tout le monde, ce qui les rend populaires. Je me réjouis que les gens considèrent tel ou tel édifice comme mon chef-d’œuvre, mais, je ne le juge pas comme tel.

Selon quels critères choisissez-vous vos mandats ?

En premier lieu, le projet doit avoir du sens, trouver sa place dans les villes et servir les gens. Le sens dépend d’un jugement exprimé selon un fondement éthique. Ensuite, l’endroit doit signifier quelque chose pour moi. Je dois avoir le sentiment que le lieu est en adéquation avec une construction et que les deux doivent être complémentaires. Enfin, j’ai besoin d’un maître d’oeuvre qui apprécie et comprend ma façon de travailler. Ainsi, lui et moi doivent oeuvrer de concert jusqu’à la touche finale.

– Selon quels critères optez-vous pour tel ou tel matériau ?

En fait, avec chaque nouveau projet, la réflexion recommence à zéro, comme sur une toile blanche. Au début, les options quand aux formes et matériaux ne sont pas encore définies. Se posent les questions suivantes: que veut-on construire ? Quelle est l’idée maîtresse ? Que me raconte cet endroit ? Les premières images mentales arrivent aussi. Elles sont concrètes: je peux les regarder et aussi les décrire. On réfléchit alors aux matériaux à utiliser, l’atmosphère change selon qu’on utilise le bois, le verre ou l’acier. Nous évaluons enfin, avec mon équipe, les meilleures solutions.

– Essayez-vous aussi d’utiliser des matériaux de la région? Où était-ce une particularité pour les thermes de Vals?

Chez moi, le choix des matériaux découle toujours du projet. A Vals, il y a de l’eau chaude qui jaillit de la montagne. Ainsi, je construis les bains thermaux avec cette pierre. J’ai eu le courage de faire ce qui était évident. Cependant, on ne peut pas en conclure que « Zumthor construit toujours avec du rocher. »

– Que pensez-vous de l’enthousiasme soudain de beaucoup d’architectes divas pour l’écologie et pour l’architecture responsable ?

Il ne suffit pas qu’on en parle, il faut le faire. En même temps, les bâtiments ne sont pas construits pour être durables. En premier lieu, les bâtiments sont construits pour les hommes, qui peuvent y travailler, dormir, habiter. Je pense que la construction durable est une partie importante des projets, mais ce n’est pas leur objectif premier.

– Pensez-vous que tout un chacun est apte à juger de la qualité architecturale d’un édifice ?

Je me passionne pour les espaces, et non pas pour les formes. A mon avis, la tâche principale de l’architecture est l’espace – le salon, la cuisine, la gare, etc. Et il y a beaucoup de gens qui aiment mes espaces, sans pour autant être des spécialistes en architecture. Quand je réussis mon travail, une atmosphère s’en dégage naturellement. C’est finalement ce que j’aime le plus.

– Vous avez enseigné dix ans à Mendrisio. Quel était votre principal message?

Il faut se trouver soi-même. Il faut savoir ce qu’on veut. C’est le principe de base de tout travail artistique. On excelle seulement dans les choses qu’on a véritablement en soi. Il faut ainsi encourager les jeunes à développer leur propre personnalité, qu’ils laissent tomber rapidement leurs modèles.

– Est-il indiscret de vous demander quels sont vos prochains projets ?

J’ai plusieurs projets en cours d’élaboration dont un hôtel dans le désert d’Atacama au Chili. Ensuite nous avons deux projets au sud et au nord de la Norvège. Il y a un mémorial pour les exécutions de sorcières dans la Finnmark, que je fais en collaboration avec Louise Bourgeois. A Los Angeles, nous projetons un musée et une maison privée pour un acteur passionné d’architecture. Et puis Jean Nouvel m’a suggéré de réaliser un lotissement à Doha.

Et finalement, notre équipe a un très grand, beau projet aux Pays-Bas, qui devrait prochainement aboutir.

Ce sont des mandats passionnants, j’en suis vraiment heureux.

Stockholm, une métropole écologique

Parution prévue en 2010. Extraits d’article.

TEXTE : CLAUDIA BOGENMANN & ADRIEN BUCHET

PHOTO : ADRIEN BUCHET

Ces dernières années, Stockholm s’évertue à préserver son milieu naturel en conjuguant adroitement l’écologie, les nouvelles technologies et le design. Depuis 1972 et la première conférence des Nations Unies sur l’environnement, les efforts des dirigeants suédois visent à sensibiliser les habitants au respect de la nature. Très active, la petite métropole de 800’000 âmes a fait appliquer immédiatement l’Agenda 21 local de Rio. Elle se fait un point d’honneur de laisser aux générations futures un territoire et une architecture durable qui se fonde sur une politique très soucieuse de la cause écologique.

Indéniablement, la ville aux multiples îlots s’est dotée de perspectives innovantes. Outre ses efforts pour la qualité de l’eau, des espaces verts ou la réduction du trafic urbain, de récents écoquartiers avec Hammarby Sjöstad comme modèle, apparaissent dans la capitale. Dans un cadre aquatique, ce quartier suscite l’admiration devant la propreté des constructions qui reflètent une sérénité et une atmosphère chaleureuse défiant les températures hivernales.

Sur le chemin du développement durable

L’enthousiasme de Stockholm pour la sauvegarde de son environnement se manifeste très tôt : en 1974, elle signe un premier programme municipal en faveur de l’environnement qui consiste en un vaste plan d’investissement pour la protection de l’eau. En 1994, elle est l’une des premières villes au monde qui instaure un « Agenda 21 local ». Ce plan d’action (voir encadré), permet aux collectivités locales de prendre certaines mesures environnementales, sociales, économiques et culturelles axées sur le développement durable. Outre la culture, la ville élargit ses actions à d’autres domaines comme la mobilité, les espaces urbains, la protection de la nature et le traitement des déchets.

Stockholm est exemplaire par sa volonté politique forte: des investissements publics importants alliés à une utilisation rigoureuse par les acteurs publics sont entrepris avec les meilleures technologies environnementales et énergétiques.

Un péage urbain pour limiter le trafic

Un des plus grands défis de Stockholm, en partie résolu, consiste à améliorer son trafic urbain. La ville a pris des mesures courageuses visant à inciter les habitants de la métropole à se déplacer à pied, à vélo ou à emprunter les transports publics. En tant que capitale européenne de la culture  en 1998, la ville a multiplié les zones piétonnes et diminué la place de l’automobile.

Des espaces verts

Le surnom de Venise du Nord, attribué parfois à Stockholm, ne rend pas véritablement compte de la diversité de son environnement ou de son architecture. Certes la ville est constituée en grande partie d’îles où se situe notamment le centre historique de Gamla Stan. L’eau, toujours présente, est également un élément clé qui marque les limites de la capitale. De surcroît, sa pureté (unique) permet aux habitants de s’y baigner ou de pêcher crabes et saumons en plein centre ville.

Un projet architectural exemplaire

En matière de protection de l’environnement, voici sans doute le projet emblématique le plus ambitieux de Stockholm: Hammarby Sjöstad. Situé au sud-est de la ville sur une ancienne zone portuaire et industrielle de 200 hectares, ce quartier écologique, en cours de réalisation, devrait accueillir d’ici 2017 environ 30’000 âmes.

L’homogénéité architecturale du quartier de Hammarby Sjöstad, provient en grande partie de la simplicité et du goût avec lesquels les architectes ont bâti la ville. Dans chaque quartier cette sobriété des façades lie l’ancien et le moderne. En vieille ville et à Hammarby Sjöstad, des crépis aux couleurs chaudes (ocre, jaune ou rouge) sont souvent employées avec rythme pour un résultat chalheureux. Par ailleurs, les immeubles de taille similaires, dépassant rarement 5 étages, laissent abondamment passer la lumière qui inonde les appartements et les rues. Pensé sur le modèle de la vieille ville (Gamla Stan), l’écoquartier est ainsi le produit d’une architecture harmonieuse.

Né dans les années 1990, ce projet de développement est le fruit d’une réflexion concernant d’une part la candidature de Stockholm aux Jeux Olympiques de 2004 et d’autre part l’alarmante pénurie de logements. En effet, depuis les années 1990, la population de Stockholm ne cesse de croître et oblige la ville à lancer d’importants programmes de construction pour répondre à cette demande de logements. Elle opte alors pour le développement de Hammarby Sjöstad, visant d’abord à y implanter le village olympique, pour ensuite le remodeler en quartier écologique. Une première phase de construction commence en 1994 après d’importants travaux d’assainissement de friches industrielles. Le refus d’accueillir les Jeux olympiques n’a pas modifié pas le projet. La municipalité poursuivra la construction du quartier selon des critères environnementaux particulièrement exigeants.

Une architecture écologique de pointe

Au niveau architectural, les matériaux recyclés et les techniques de construction sont choisis en fonction de leur impact environnemental. L’efficacité énergétique des bâtiments s’est considérablement améliorée. Aussi, pour obtenir des réalisations de qualité, la ville de Stockholm  décerne un prix d’architecture écologique qui récompense les meilleures constructions durables du quartier. Le Pont Apaté, sur un dessin asymétrique de l’architecte Erik Andersson, fait partie de cette catégorie de réalisations. Il est l’un des premiers ponts au monde construit en acier inoxydable, n’exigeant aucune peinture pour son entretien. Son impact sur l’environnement est limité, son prix est plus intéressant compte tenu de sa durée de vie de 120 ans.

Stockholm en quelques chiffres

Située au bord de la mer Baltique et à l’embouchure du lac Mälar, Stockholm a une superficie de 187 km carrés. 810’000 stockholmois (2’000’000 pour le Comté) se partagent environ 14 îles reliés par 57 ponts. En ville, 45% des zones sont urbanisées, 21% des champs, 20% des forêts et 14% des lacs ou canaux.

 

AB

Turin

TEXTE ET PHOTOS

PAR ADRIEN BUCHET

(A paraître en 2010, extraits d’article)

Réhabilitations de zone industrielles

Dans l’art de l’urbanisme et de la planification, la persévérance et les préoccupations de l’ancienne capitale du duché de Savoie laissent pantois. Depuis quatre siècles, d’importants chantiers de réaménagement, plus que jamais d’actualité, confèrent à cette ville la réputation d’une cité qui porte une attention minutieuse à son territoire. Aujourd’hui, une page symbolique se tourne: l’ancienne primauté donnée à l’industrie transalpine fondée sur l’automobile s’achève. De nombreuses friches industrielles sont subtilement réinterprétées, transformant peu à peu Turin en pôle culturel, et offrant aux autochtones une économie locale diversifiée. Avec des budgets astronomiques, Turin saisit l’opportunité d’engager sa mutation et tire parti avec brio de la fermeture du Lingotto (le lingot), centre emblématique de la célèbre usine FIAT.

ALe Lingotto et sa rampe (g) menant à la piste, sur le toit

L’élément déclencheur

Pour la redéfinition de l’identité économique, culturelle et sociale de Turin, touchée par la crise industrielle, le début des années 80 fut décisif. Le projet initiateur impliquant sa désindustrialisation démarra avec l’importante reconversion du Lingotto, entreprise par l’architecte Renzo Piano. Le Génois eut alors la lourde tâche de requalifier ce « moteur des moteurs », qui, par son développement, imposait à la ville et à la région une vocation économique monofonctionnelle.

Construit en 1923 par Giacomo Mattè Trucco (chargé alors du projet architectural par Giovanni Agnelli, fondateur de la firme FIAT), le Lingotto a subi un complet « lifting ». Ce géant couché de 250 mètres, surmonté d’une piste d’essai atypique, fut jadis le porte-flambeau du « mouvement futuriste ». Remarqué ensuite par Le Corbusier racontant, dans son ouvrage intitulé Vers une architecture,  que le bâtiment est «  certainement l’un des spectacles les plus impressionnants fournis par l’industrie », ce complexe est aujourd’hui resplendissant.

ALe Lingotto, oeuvre de G. Mattè Trucco

Flamme revigorante

Le redressement de Turin s’est réalisé dans divers domaines et secteurs de la métropole. Outre l’urbanisme, c’est aussi dans la culture, le tourisme et les transports publics que la cité a subi de vivifiants remaniements. En 2006, les Jeux Olympiques l’ont propulsée dans l’actualité. Ils relancèrent d’une part l‘ardeur des turinois et d’autre part marquèrent l’une des étapes du redressement.

Mais c’est véritablement en surface, sur les terres qui ont fait l’histoire industrielle piémontaise, que les changements dus aux travaux entrepris sont les plus spectaculaires. Grâce à un investissement de plusieurs centaines de millions d’Euros, les architectes Arata Isozaki, Norman Forster, Mario Botta et Gae Aulenti (pour ne citer qu’eux) ont pu entreprendre l’aménagement de nouvelles structures sur d’anciennes zones industrielles.

AAncien campus olympique reconverti en logements sociaux

Ainsi le projet d’un village olympique destiné à accueillir 2500 athlètes et des journalistes fut réalisé par le turinois Benedetto Camerana à la tête d’une équipe d’architectes.

« Spina Centrale »

Le plan régulateur général des années 1990 élaboré par le cabinet d’architectes Gregotti associati,  propose aussi de se concentrer sur des lieux clés de l’histoire industrielle turinoise. Ainsi, c’est sur la Spina Centrale, axe traversant la ville du Nord au Sud (12km), que se succèdent de nombreuses interventions de requalification. La « colonne vertébrale urbaine » comprend 4 secteurs clés (Spina 1, 2, 3, 4) tous situés à l’ouest de la vieille ville en damier.

AL’école Polytechnique

Au coeur de la Spina (Spina 2), l’école Polytechnique qui connaît un heureux agrandissement conforte sa place de haut lieu de la recherche scientifique. Ici s’affaire et se croise une multitude d’étudiants qui trouvent leurs aises dans cette nouvelle extension de 10 hectares.

« Parco Dora Spina »

Au nord de la ville, sur les rives de la Dora (affluent urbain du Po) se trouve une autre zone, dite Spina 3, prisée des entrepreneurs et accaparée par les architectes qui s’affairent à remodeler ce terrain de 400’000 m2. C’est dans le Parco Dora Spina que s’édifie dès 1997, le nouveau complexe européen dédié aux technologies environnementales. Construit sur une ancienne aire industrielle (aciéries automobiles) proche du centre de la ville, l’Environment Park est un exemple de réhabilitation ingénieuse.

AL’Environment Park

Toujours dans la Spina 3, l’ex-parcelle industrielle propose une dernière venue signée Mario Botta. L’architecte suisse réalise ici l’église du Santo Volto. Adoptant la forme d’un engrenage octogonal, cette structure évoque l’histoire industrielle régionale et devient par là même un élément emblématique dans le tissu urbain. A première vue, l’église semble massive, malgré l’usage de la brique et de la pierre recouvrant huit tours de 35 mètres. En revanche l’intérieur est un émerveillement: il dévoile un espace généreux d’une capacité de 1000 personnes. Avec une structure ingénieusement commandée par des lignes de fuite verticales et régulières, la nouvelle paroisse du quartier offre sérénité et lumière aux curieux d’architecture et aux fidèles. Par ailleurs, pour marquer l’empreinte symbolique du bâtiment, Mario Botta a décidé de préserver l’ancienne cheminée (industrielle) pour la réinterpréter en clocher.

AL’église du Santo Volto

Le résultat qu’offre une telle structure est convaincant et rassurant ; l’architecture moderne redonne l’espoir d’apprécier les futures constructions d’églises.

Aujourd’hui, la ville dans son ensemble, s’emploie plus que jamais à réhabiliter son apparence et à introduire plusieurs centres secondaires pour  rééquilibrer son programme et améliorer la qualité de vie de ses habitants.

En 2008, Turin est devenue la nouvelle métropole mondiale du design, confirmant la perspicacité de ses dirigeants qui place la culture comme tremplin du redressement. Le dénouement de cette aventure urbanistique est imminent. Quoiqu’il en soit, les travaux accomplis jusque-là, axés sur une reconfiguration rigoureuse de la ville garantit à Turin un futur prometteur.  Le choix  de conserver son patrimoine industriel pour le réinterpréter et le réintégrer dans le tissu urbain est réussi.

Les célébrations de 2011, date d’anniversaire de la réunification de l’Italie, devraient marquer la fin de ce grand chantier pour offrir aux visiteurs le nouveau visage de Turin. Gageons qu’ils en retireront la conviction que la mutation est réussie.

AB